jeudi 2 octobre 2008

Fanfiction : Chambre 3

Dans le cadre du concours de Fanfiction.fr, j'ai réalisé ce one-shot ayant pour thème la naissance, basé sur "La mélancolie de Suzumiya Haruhi".
Bonne lecture!






Chambre 3





Chambre 33…
Finalement elle s’était encore trompée, elle m’avait dit chambre 3…
Un quart d’heure à errer dans ces couloirs… tout un quart d’heure de ma vie perdu à distribuer des « Excusez-moi mademoiselle, auriez-vous l’extrême amabilité de m’indiquer le numéro de la chambre où je pourrais trouver une fille qui ferait perdre patience à une armée de bouddhistes narcoleptiques ? ». Même si en vérité, il convenait plutôt de considérer cela comme un pan entier de mon existence passé à multiplier les stratagèmes afin de retarder l’inévitable. Le genre d’inévitables qui feraient passer une invasion extraterrestre pour une distribution de bonbons à la menthe… encore que cette comparaison se révélait totalement fantaisiste depuis que j’avais appris que les extraterrestres n’avaient ni tentacules, ni broyeurs lasers.
Toutefois, je me situais bien présentement devant un dilemme des plus ennuyeux… un dilemme auquel il me fallait trouver une solution dans les dix secondes à venir.
Est-ce que je devais ouvrir la porte ou pas ?
Suite à une nouvelle et profonde réflexion de ma part, une reformulation de la question me paraissait de mise. Car effectivement, il ne s’agissait pas de savoir si je « devais » – puisque le choix ne m’était de toute façon pas offert – mais d’un tout autre enjeu…
Donc, en reprenant :
Est-ce que je survivrais à sa fureur si l’idée saugrenue de ne pas ouvrir cette porte venait à me faire tourner les talons ?
… Mouais.
D’un geste empli d’une indéniable bonne volonté, j’ouvrais la porte de la chambre 33.



« En retard ! Sanction ! »

Le ton était doux comme un tranchoir à jambon. En même temps, je ne voyais pas à quoi d’autre j’aurais dû m’attendre de la part de Haruhi Suzumiya…
Même au sein de cette ambiance de douceur glauque, dans le blanc immaculé d’une chambre d’hôpital – section maternité – cette fille s’évertuait à rester en marge quoi qu’il advienne.

« Va me chercher un truc à boire, exécution ! »

Après le temps que j’avais mis à trouver cette pièce et à y pénétrer ? Hors de question…
Haruhi se renfrogna devant mon manque d’obéissance, comme si ces derniers mois passés à exaucer le moindre de ses désirs n’avait qu’une trace invisible dans sa mémoire très sélective.
Elle détourna le regard avec dédain, ce qui me laissa l’occasion de l’observer plus en détail.
Elle était étonnement pâle. Sa chevelure dont elle prenait tant soin d’habitude faisait peine à voir, emmêlée comme si un ouragan venait de lui passer au-dessus de la tête.
Installée dans son lit d’hôpital, il émanait d’elle une telle impatience et un tel inconfort que je pouvais aisément parier ma chemise qu’il faudrait bientôt la sangler au lit pour l’empêcher de s’en aller chasser des fantômes malgré son état…
Un froid des plus gênants prit ses aises entre elle et moi, tandis que je cherchais un moyen efficace et pertinent de briser le silence sans provoquer de guerre mondiale.

« Tu as bonne mine. »

Ouais… ce n’était pas vraiment ce que j’avais fait de plus efficace et pertinent dans ma vie.
Haruhi me gratifia d’une splendide indifférence ponctuée d’un haussement d’épaule en guise de réponse. Je décidais de m’approcher un peu, après tout elle n’était pas un lion. Je ne risquais donc pas de me faire mordre… en théorie.

« Mais tu as l’air un peu… contrariée. »

Si ce n’était qu’un peu…
Haruhi se renfrogna encore plus devant le peu d’imagination dont je faisais preuve dans mes répliques. Pourtant, par je ne sais quel miracle, elle daigna me répondre :

« Je voulais une fille. »

Ce fut sans doute seulement à cet instant que je me décidais à accorder toute l’attention qu’elle méritait à cette petite chose que Haruhi tenait dans ses bras, emmitouflée dans une couverture blanche…

« Mais c’est toi qui ne voulait pas savoir, lorsqu’on a fait l’échogra…
_ Je n’ai pas besoin d’échographie ! Je voulais une fille, donc ça aurait dû en être une ! »

J’aurais pu essayer de chercher où était passé la logique dans tout ça mais j’y renonçais, conscient que c’était peine perdue.

« C’est si grave que ça soit un garçon ?
_ Evidemment ! Les garçons sont tous des crétins. »

Je me sentais vaguement insulté…

« Ce n’est pas un argument valable.
_ Bien sûr que si ! »

Devant tant de bonne foi, le combat était perdu d’avance. Je déposais momentanément les armes, me contentant d’observer ce couple hétérogène composé d’une fille persuadée que le Père Noël était un vaste complot fomenté par un monde parallèle et d’une petite chose en apparence aussi inoffensive qu’une feuille d’arbre. Une feuille étonnement calme pour un nouveau-né, surtout quand on avait bien connu une certaine branche de sa généalogie…

« Moi il me plait. »

Haruhi braqua soudainement son regard droit sur moi, sans aucun doute persuadée que je disais cela uniquement pour ressentir le plaisir transcendant de la contredire, comme si le simple fait que je puisse aimer quelque chose en ce bas monde soit une blague douteuse.

« Mais toi, tu as mauvais goût. »

Quand c’était dit si gentiment…
Malgré tout, Haruhi se mit à observer intensément la petite chose d’un air inquisiteur, la manipulant avec une douceur toute relative et l’étudiant sous toutes les coutures comme si il ne s’agissait que d’une cafetière commandée au rabais sur internet.
Une fois son inspection finit, Haruhi paraissait encore plus… comment dire… « déçue ».

« Pff… c’est nul, souffla-t-elle.
_ Ne dit pas ça, si tu lui mets un abat-jour sur la tête je suis persuadé qu’il fera une jolie lampe de chevet. »

Elle ne releva même pas cette réplique saturée de sarcasme, trop occupée qu’elle était à se lamenter pour un motif obscur.

« Et si il ne te plaît vraiment pas, tu peux toujours l’offrir en offrande aux extraterrestres pour qu’ils te laissent repartir avec eux. »

A ma grande surprise – enfin pas tant que ça – Haruhi sembla l’espace d’une seconde envisager très sérieusement la question… avant de lâcher :

« Idiot, ça ne marchera jamais. »

Sans rire ?
J’avais perdu tout espoir de la voir accorder un peu plus d’intérêt à son propre enfant… et elle semblait désespérer de voir un jour des antennes pousser sur son petit crâne. L’expression de son visage partagé entre l’irritation et la mélancolie, Haruhi dirigea son regard vers la fenêtre, d’où l’on pouvait apercevoir un superbe ciel bleu baigné d’un soleil matinal. Je choisis de respecter cet instant de calme – très rare ces derniers temps – afin de laisser le temps à Haruhi de prendre conscience des évènements, et de réfléchir à la situation en personne posée et responsable.
Peut-être en demandais-je un peu trop…

Un bref gémissement parvint à mes oreilles, je cru tout d’abord que cela provenait du bébé mais celui-ci était plongé dans un profond sommeil que même un raz-de-marée n’aurait pas pu ébranler. Il ne me fallut alors que très peu de temps pour réaliser que la source de cet inquiétant murmure était Haruhi elle-même. Devenue subitement encore plus pâle, elle sembla défaillir, prête à s’écrouler sur le matelas.
Propulsé par réflexe, je la rattrapai aussi prudemment que possible avant de l’allonger sur le lit… c’est seulement après – à ma grande honte – que je me préoccupais du sort du nouveau-né… avant de me rendre compte que Haruhi ne l’avait pas lâché une seule seconde.
Reportant mon attention sur elle, je vis qu’elle retrouvait déjà peu à peu son rythme habituel de respiration. Une pointe de culpabilité se fit sentir dans mon estomac, lorsque je réalisais que ces dernières heures avaient dues êtres éprouvantes… même pour elle.
Je n’avais pas bougé depuis la fin de ce bref incident, me tenant juste à côté du lit où Haruhi recouvrait peu à peu ses forces. Ma main gauche était toujours posée sur le matelas, à quelques centimètres d’elle.
Je ne me suis pas vraiment posé de question…alors, dans un geste dénué d’hésitation, j’ai guidé ma main jusqu’à la tête de Haruhi. Puis, du bout des doigts, j’ai lentement effleuré sa chevelure brune… une première fois, puis une seconde.
Je trouvais plutôt étrange que Haruhi ne m’ait pas déjà fait part de son mécontentement suite à ce geste – parfaitement innocent – avant de mettre son manque de réaction sur le compte de sa fatigue. A bien y réfléchir, j’avais été un peu lâche de profiter de la situation… non, en fait, j’avais été vraiment très lâche.
Le summum de la lâcheté, en vérité.

… mais bon, on dira que ça compense toutes ces années à arpenter le pays en quête de phénomènes surnaturels.
Pourtant, malgré le temps qui s’écoulait au rythme de ce manège, le silence de Haruhi devenait de plus en plus angoissant… d’autant qu’elle semblait maintenant parfaitement remise de son petit malaise.

« Arrêtes ça. »

Je fus presque rassuré d’entendre le son de sa voix. Ramenant ma main le long de mon corps, je crus bon de lui conseiller :

« Tu devrais te reposer correctement, les extraterrestres ne te prendront pas au sérieux si tu t’évanouis avant d’avoir pu négocier un traité de paix avec eux. »

La vision furtive d’une Nagato habillée en fonctionnaire du gouvernement me vint à l’esprit.
Haruhi répliqua d’un air bougon :

« C’est ta faute, ne reste pas planté debout sans rien faire, tu me donnes la nausée. »

Obéissant sans protester et ne remarquant aucune chaise dans la chambre, je me laissais submerger par toutes les émotions de ce début de journée mouvementé et je vins m’agenouiller au bord du lit, la tête posée sur le matelas.
Haruhi se permit de lancer :

« Ne me regarde pas comme ça, on croirait que je suis mourante.
_ Navré de te décevoir mais ce n’est pas toi que je regarde, c’est le bidule dans tes mains. »

Comme si elle venait tout juste de se souvenir de sa présence, Haruhi jeta un œil vers la petite chose.
Un nouveau silence des plus reposant se passa… durant lequel j’eu un genre de révélation :

« Il faudrait lui trouver un nom. »

Haruhi leva les sourcils, comme si il s’agissait d’un détail parfaitement négligeable. Elle prit une mine songeuse durant quelques secondes… avant de murmurer quelque chose :

« Elliot. »

Au début, je croyais réellement que je n’avais pas comprit… pourtant, Haruhi semblait parfaitement sérieuse.

« Euh, un nom occidenta… hé ! Attend, Elliot ce ne serait pas le garçon de ce film, qui rencontre un extraterrestre et… »

Je renonçais à terminer ma phrase, comme si j’avais peur d’aller jusqu’au bout de ma déduction…
Et à mesure que durait mon silence, le visage de Haruhi prenait une teinte légèrement écarlate.

« Haruhi… c’est quand même pas… ? »

Me jetant un regard courroucé avant de tourner la tête de dépit, elle grinça :

« Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à en trouver un, toi !
_ Je peux ? demandais-je comme si elle venait de me faire le plus grand des honneurs.

J’eu un simple grognement en guise de réponse.
C’est sur cette dernière remarque que Haruhi me tendit la petite chose, chose que je pris avec toute la prudence du monde.

« Ne prend pas un air aussi ahuri, c’est le tien, non ? »

Certes, mais il y avait des manières plus élégantes de le dire.
Tenant le nouveau-né enveloppé dans son étoffe, je jetai un œil légèrement hagard à l’enfant parfaitement imperturbable. Je devais bien avouer que sur le coup, je ne me préoccupais pas vraiment de lui trouver un nom…

« Bon ça suffit, rends-moi ça, exigea Haruhi d’un ton autoritaire.
_ Ne dis pas « ça », s’il te plait, » demandais-je sans pour autant refuser d’obtempérer.

Ressentant une certaine satisfaction à la voir ainsi développer en temps record un semblant éloigné d’instinct maternel, je la regardais reprendre possession du nouveau-né, bien que moi-même victime d’un petit pincement au cœur.
Par la suite, je fus alors témoin d’un évènement surnaturel… Haruhi qui tentait de bercer la petite chose. Exécutant des mouvements maladroits censés êtres doux, elle réussissait tout juste à être ridicule.

« Arrêtes de rire, tu as l’air bête ! »

S’il n’y avait que moi…
Voir Haruhi gênée relevait de l’exploit – ou du miracle – alors je mentirais si je disais que je n’en profitais pas un peu…
Mais dans l’immédiat, il y a avait des choses plus importantes à régler.

« Comment est-ce qu’on va s’organiser ?
_ À propos de quoi ? demanda Haruhi toujours un peu boudeuse.
_ Pour l’appartement. »

Haruhi me jeta un œil peu concerné :

« Quoi, l’appartement ?
_ Ben… par exemple dans quelle chambre le bébé va dormir.
_ Dans la tienne, évidemment.
_ Pardon ? »

Comme si la réponse coulait de source, Haruhi expliqua :

« Je n’ai aucune envie d’être réveillée toutes les nuits par des cris stridents. »

Une nouvelle fois exaspéré par une de ces nombreuses excuses idiotes qu’elle était capable de déblatérer à la chaîne, je décidais d’employer une technique plus subtile.

« D’accord mais… si des… des psions venaient à entrer dans ta chambre pendant ton sommeil, le bébé pourrait s’en apercevoir et te réveiller avec ses cris avant qu’ils ne repartent. »

Je ne croyais pas un seul instant qu’elle allait gober ça… et pourtant, Haruhi conserva le silence, un long moment…


« Sinon… il y a toujours la solution que nous dormions dans la même chambre, ce serait plus équitable.
_ …
_ …
_ … ouais, pourquoi pas », fini-t-elle pas souffler.

La question semblait résolue… même si je doutais sérieusement que cette « solution » puisse simplifier les choses.
Après tout, en deux ans de vie commune en colocation – « pour une question de praticité et d’économie » avait argumenté Haruhi en se proposant d’elle-même contre ma volonté, ce n’est pas comme si ma vie avait été particulièrement simple.

Ce n’est pas non plus comme si je m’étais ennuyé…





« Bonjour ! Excusez-nous d’être en retard ! »

Une longue chevelure rousse portant le nom d’Asahina Mikuru, un sourire charmeur s’appelant Koizumi Itsuki et un livre ouvert se prénommant Nagato Yuki apparurent par l’embrasure de la porte.

« On voulait arriver plus tôt, mais on a dû se tromper de chambre parce que… »

Mikuru s’interrompis en constatant ce qu’elle avait devant ses yeux. Haruhi adossée à son oreiller, le nouveau-né tout juste réveillé jetant de petits coups d’œil tout autour de lui, et une présence familière qui semblait ne pas avoir réagi à leur entrer.

« Il s’est endormi, expliqua brièvement Haruhi.
_ Oh », fit Mikuru en plaquant sa main devant sa bouche comme pour s’empêcher elle-même de parler.

Koizumi eut un léger hochement de tête, et derrière lui, Nagato leva furtivement les yeux de sa lecture.
Haruhi, elle, n’écoutait pas vraiment Mikuru s’extasiant silencieusement devant la petite chose. Son regard alternait entre l’humain le plus terre-à-terre de cette planète et l’héritier direct de l’humain le plus terre-à-terre de cette planète…
Une lueur étrange passa dans les yeux de Haruhi.

« Je m’en fiche.
_ Pardon ? » demanda Mikuru avec étonnement.
Tournant le regard vers sa cosplayeuse préférée, Haruhi déclara hautement :

« Je crois toujours aux extraterrestres, aux psions et aux voyageurs temporels. »

Nagato tourna une page de son livre, Koizumi passa sa main dans sa chevelure et Mikuru parut un peu nerveuse.

« Et… »

S’emparant de son enfant et le soulevant pour le montrer aux visiteurs, Haruhi acheva théâtralement, un immense sourire sur le visage :


« Je ferais en sorte, et ce par n’importe quel moyen, que lui aussi y croit ! »





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Et pour suivre le déroulement du concours jusqu'aux délibérations le 12 Octobre, c'est par ici.

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