jeudi 29 janvier 2009

[Fragile : Farewell Ruins of the Moon] Attention, c'est fragile...

Le monde des jeux vidéos change, c'est un fait.
Les nouvelles licences se raréfies, les suites, les adaptations et les casual-games viennent remplacer l'inédit et la prise de risque. Là où les anciennes technologies privilégiaient le gameplay, les innovations et le scénario, l'ère de la HD ne jure que par les graphismes et les effets visuels. Est-ce forcément un mal? Après tout, les loisirs vidéoludiques sont passés du statut d'occupations solitaires aux horizons infinis du online, là où des millions de nouveaux joueurs peuvent former de solides communautés dans un univers en constante expansion, là où l'immersion du joueur au sein du virtuel ne cesse de s'amplifier. Car oui, le monde du jeu vidéo s'est ouvert au très grand public, oui le marché du jeu rapporte désormais plus que le marché du cinéma, oui le jeu vidéo n'est plus une affaire de passionnés, c'est devenu un business, un vrai gros et large business comme seule une consommation de masse peut en créer, et à dire vrai...
... je trouve ça un peu triste.
Parce que quand je vois un jeu de 360 taxé 70€ vanter ses seuls graphismes pour compenser une durée de vie de 7 heures en solo sans se presser et un scénario tenant sur un quart de demi ticket de métro, j'ai envie de me pendre.
Parce que quand je regarde les rayons de mon micromania en rupture de stock de Persona 3, je préfère rentrer chez moi faire tourner Ico sur ma PS2.
Parce que quand je vois que Metal Gear vient de tirer sa révérence (Encore que), je recommence à compter sur les doigts de ma main le nombre de héros charismatiques à l'histoire captivante qu'il reste sur PS3.
Et parce que quand je vois le temps qu'il reste avant la sortie des deux prochains FFXIII, je me dit que j'ai pas finis de me rependre...

Pourtant, j'ai beau avoir l'air pessimiste, j'ai constaté par moi-même qu'il subsistait quelques rayons d'espoir pour les joueurs désireux d'avoir une histoire avant une résolution de 1080x1920, avec des environnements qui pouvaient être beaux sans pour autant détailler les vers grouillants dans le cadavre d'un homme noyé dans son vomi, avec des jeux qui se payaient même le luxe d'être poétiques, si, si... poétique...


Il y a quelques jours de cela sortait au Japon le nouveau jeu de Tri-Crescendo: "Fragile : Farewell Ruins of the Moon". Et je peux vous dire que rien qu'au titre, ça sentait le coup de coeur. Alors cliquez sur ce lien, laissez la musique du site tourner en boucle et penchez-vous un peu sur cette petite bouffée d'air frais dans un monde de bolters lourds.


Dans un avenir proche, il ne reste qu'un monde post-apocalyptique ayant perdu sa lumière, et enveloppé d'un épais brouillard. La quasi-totalité de la population mondiale a disparue, ne laissant que des cités en ruine hantées par d'inquiétants démons. Seto, un jeune garçon, voyage seul à travers ce monde en ruine, à la recherche de survivants...


Bien que Fragile offre de nombreux rapprochements avec le schéma type d'un survival-horror (le héros seul dans le noir visitant des ruines et rencontrant ça et là quelques ennemis vicieux), le jeu est principalement tourné RPG, avec phases d'explorations. Dans sa quête de trouver la raison du cataclysme ayant touché le monde, Seto fera plusieurs rencontres (amicales ou vindicatives) afin de le faire progresser sur le chemin de la vérité.
Ainsi, la ville qu'il visite n'est pas si abandonné qu'elle en a l'air, puisque occupée par divers types d'esprits plutôt coriaces et pas toujours très conciliants.
Notre héros aura pour seules défenses sa lampe torche et un bâton, rapide mais peu efficace, avant de mettre la main par la suite sur d'autres objets sensiblement plus destructeurs, tels qu'une hache ou un marteau, quand il n'improvisera pas lui-même un arc bricolé à la va-vite ou même un club de golf récupéré dans la ville fantôme. Mais quand bien même Seto aurait réussi à se dégoter un canon à rampe, son arme la plus efficace contre les esprits restent son fidèle haut-parleur, contrôlé par la Wiimote.


Mais pour vous faire une meilleure idée du système de jeu, rien de tel qu'une ou deux bonnes vieilles vidéos live de gameplay:








Le haut-parleur/microphone est un élément important du jeu. Ainsi, il est possible en s'approchant des spectres d'amplifier leurs chuchotements et ainsi récupérer des indices pour progresser. Toujours concernant cette enquête, de nombreux graffitis sont visibles à différents endroits, une fois éclairés par la torche et recelant de précieuses indications. Par ailleurs il n'est pas rare de croiser quelques esprits d'humains à proximités, toujours prompt à vous apporter leur soutien, aussi mince soit-il.
L'aspect survival-horror du titre se révèle surtout lors des phases d'explorations, lorsque la moindre parcelle d'ombre est susceptible de dissimuler un démon peu fréquentable, qu'il vous faudra au besoin dénicher vous-même au moyen de votre lampe torche afin de le forcer à vous attaquer.
En soi, Fragile ne dispose pas d'un gameplay transcendant, mais il a le
mérite de ne pas transformer le héros en armurerie de gros calibres, à l'image d'un Ico pas très dégourdi perdu dans sa tour avec pour seule arme un bout de bois trop lourd pour lui. Il est d'ailleurs intéressant de noter quelques similitudes plutôt agréables entre Fragile et Ico : ainsi la mystérieuse Ren, pâle jeune fille au clair de lune et amie des chats n'est pas sans rappeler une certaine Yorda. D'autres personnages viendront également apporter leur touche personnelle à l'univers du jeu... Que ce soit Sai, l'esprit d'une jeune femme accompagnant occasionnellement Seto dans son périple à travers la ville, Crow, le garçon amnésique aux yeux de chat ou Sin, le scientifique un brin psychotique, tous viendront atténuer la solitude de Seto, en bien ou en mal...
L'aventure est ponctuée de plusieurs petites histoires rattachées à différents objets trouvés par Seto, et contenant les souvenirs de l'ancien habitant de la ville auquel il a appartenu. A ce sujet, un concours a été organisé par l'équipe de développement afin d'introduire de nouveaux objets contenant de nouvelles petites histoires proposés par les participants.

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Comme l'on pouvait s'y attendre de la part de Tri-Crescendo et du successeur de Trusty Bell/Eternal Sonata, la bande-son du titre est une pure merveille. L'opening, une ballade des plus plaisantes baptisée "Hikari", est chanté par Aoi Teshima. La suite de l'OST n'est pas en reste et si vous avez bien ouvert le site du début de l'article, vous pouvez écouter depuis tout à l'heure le thème du jeu qui est, vous en conviendrez, d'une mélancolie à se pendre par les yeux (Ceux qui auraient déjà visionnés "Le tombeau des lucioles" savent de quel genre de mélancolie je parle...).
Et puisqu'il est question de mélancolie et de poésie, attaquons-nous au dernier point... les graphismes.
Bien évidemment, nous sommes sur Wii et bien évidemment, le rendu est définitivement moindre que sur une 360 ou une PS3... mais finalement, qu'est-ce qu'on s'en fout? A son niveau, Fragile parvient à être beau : des effets d'ombre et de lumière réussis, une certaines fluidité, des cinématique typées manga franchement mirifiques, un chara-design attachant, des démons tordus, des décors variés tels qu'un parc d'attraction, une station de métro, un hôtel, un sous-sol...
Oh et puis mince, regardez donc le dernier trailer ayant précédé la sortie du jeu, vous comprendrez peut-être ce que je veux dire quand je parle de poésie, de mélancolie et d'un bon moment passé avec une manette entre les mains:








Le titre n'est pas dénué de défaut, son score de 31/40 par Famitsu en fait un jeu honorable mais perfectible, j'en suis conscient. Pourtant, Fragile présente à mes yeux plus d'intérêt que les 5 derniers FPS next-gen réunis sortis à ce jour, que ce soit par la profondeur de son scénario, de son univers et de ses personnages, par sa bande-son... ou dans certains cas tout simplement pour son style graphique que n'importe quel amateur d'animation japonaise saura apprécier à sa juste valeur.

Le monde des jeux vidéos changent, mais certaines choses n'ont pas changé et ne sont pas près de le faire :
Les occidentaux excellent dans le bourrinage défoulant, et de leur côté du monde les japonais crées les RPG avec les plus belles histoires jamais polygonées.
CQFD





PS : Les otakes auront sans doute reconnus dans ce trailer quelques seyuus au timbre de voix qui ne leur est pas inconnu... et ils ont bien de la chance, car de mon côté je suis persuadé de reconnaître quelques voix mais pas moyen de me souvenir où j'ai bien pu les entendre...

5 commentaires:

Corti a dit…

C'est que ça me donnerait envie d'y jouer... Si j'avais une Wii.

Helios a dit…

Idem

Helios a dit…

sinon, c'est clair que ton article est super bine rédigé !! félicitation ! c'est que ça prends d temps de rédiger tout ça, de mettre les vidéo tout ça ...
voilà je voulais juste souligner ça ...

Lux a dit…

J'espère que ça sortira ;__; En plus, j'ai acheté ma Wii pour Project Zero 4 (qui se fait attendre en Europe d'ailleurs <_<), et ce jeu a l'air de s'en rapprocher un peu...

Par contre, à propos des graphismes etc., tu cites Ico, faut quand même dire que ce qui apporte une partie de la poésie de ce jeu, c'est qu'il est beau, et que les effets de lumière sont superbes (je me souviens de quelques rayons de soleil absolument divins). Il aurait bien pu sortir sur PS One, mais ce que la PS 2 permet ajoute encore plus de merveilleux à l'expérience. Comme quoi ça peut aller de pair ;)

ShOrtcakes a dit…

Ala, rien qu'en voyant les graphisme, le fait que ce soit Tri-crescendo qui le fasse, et tout ce que ce jeu à l'air d'apporter, je n'ai qu'une envie : l'acheter sur le champs! :D
Pour la voix de Seto, je me demande aussi; elle me fait penser à un manga genre dramatique mais bon, aucune idée pour le titre --;
Ton article est super d'ailleurs =)
Bravo.