samedi 17 octobre 2009

Fanfiction : Le Monde de Suzumiya Haruhi / Chapitre 4

Well, well, weellll ... on va faire comme si de rien n'était.
Après un petit temps de pause (ou plusieurs mois de glandage assidu, c'est tout comme), voici venu le chapitre 4 de ma fanfiction dédiée à Haruhi.
Désolé pour le retard et bonne lecture à tous!




Le Monde de Haruhi Suzumiya

Chapitre 4





La conquête du monde, un vaste programme...
... et une vaste blague.
Car si je détenais l'intime conviction que chaque humain sur cette planète – moi compris – avait un jour rêvé de régner sans partage sur notre bonne vieille Terre, j'étais également persuadé que toutes ces personnes avaient su réaliser à temps qu'une telle ambition était parfaitement ridicule avant même d'être vouée à l'échec...
Cela dit, il m’arrivait quelques fois de me tromper…
« A MON COMMANDEMAAAANT… ! »
Mais reprenons.
Pour conquérir le monde, il nous faut : 2 bons kilos de mégalomanie, 1 litre d’inconscience, 2 cuillères à soupe de bêtise, un zest de serre-tête jaune pour donner du goût et surtout, beaucoup de temps à perdre. Le drame était que Haruhi ne pouvait s’empêcher de trouver cette recette incomplète. Ainsi, dans son infinie sagesse, notre capitaine de brigade avait cru bon d’ajouter un dernier ingrédient à cette sauce.
Une sauce déjà bien relevée.
« ATTAQUEZ ! »
Car selon elle – et c’était tout à son honneur – un dirigeant digne de ce nom ne valait pas grand-chose sans sa panoplie de laquais serviles et néanmoins efficaces. Seulement voilà, la panoplie de laquais, j’en faisais partie.
Aussi, lorsque Haruhi arriva en trombe de beau matin pour annoncer qu’elle comptait bien « mettre sa Brigade SOS au niveau » en prévision de son plan grotesque, je me doutais bien que quelque chose de désagréable n’allait pas tarder à me tomber sur le coin du crâne.
Enfin… ce n’est pas comme si je n’étais pas un peu habitué, à force…

Mais tout de même, le coup de l’entraînement de judo, je ne l’avais pas vu venir.
« Kyon ! Qu’est-ce que tu attends ?! »
Moi ? Un miracle…

Ayant réquisitionné le dojo du lycée et les tenues de rigueur par des moyens certainement illégaux et dégradants, Haruhi s’était mise en tête de nous former moi et les trois paranormaux à l’art noble et un tant soit peu viril de ce magnifique sport qu’était le judo. Espérant peut-être – vu qu’à mon niveau, je ne pouvais que supputer – nous rendre plus aptes à affronter les armées du monde entier par la seule pratique de cet art martial. Pourtant, depuis une bonne heure que nous nous exercions sans relâche sous la coupe tyrannique de vous-savez-qui, il fallait bien avouer que nous étions encore loin de pouvoir prétendre à un affrontement direct avec l’OTAN.
Et de toute façon, question virilité dans cette équipe, il fallait bien avouer que…
« Koizumi ! Arrête d’être aussi doux avec ton adversaire, ou tu ne feras pas long feu en combat réel ! »
Mais c’est qu’elle donnerait presque l’impression de croire ce qu’elle dit…
Koizumi acquiesça en souriant, avant de se remettre à la tâche avec d’autant plus d’ardeur. Ceci précéda de peu un petit cri fort mignon quoique teinté d’une vive douleur… qui ne manqua pas d’accaparer ma pleine et entière attention l’espace de quelques secondes.
Usant de son sens tactique incompréhensible pour le commun des mortels – ou en tout cas pour la race humaine standard dont je me vantais d’être issu – Haruhi nous avait réparti en deux équipes : Koizumi et Asahina d’un côté, moi et Nagato de l’autre. Quant à elle… hé bien elle nous regardait nous débattre en proférant ces obscures directives dont elle avait le secret.
« Et n’oubliez pas que le plus important au judo, c’est de sortir victorieux à n’importe quel prix ! »
Etrange, la dernière fois qu’on m’a parlé de judo, j’étais persuadé d’avoir entendu une tournure comme « respect de l’autre et des règles » quelque part dans la phrase… sûrement mon imagination. Toujours est-il que malgré les féroces injonctions de Haruhi à mon égard, j’étais nettement plus concentré sur le combat voisin que sur mon propre duel.
Malgré une condition physique éloignée de l’idée qu’on se ferait d’un athlète de haut niveau, Koizumi semblait pourtant relativement à l’aise, enchainant différentes techniques avec une certaine maîtrise. En face de lui, une petite rousse définitivement nulle dans toutes les disciplines sportives de ce temps ou d’un autre subissait sans relâche la dure loi de la gravité, ainsi que les constantes remontrances de Haruhi.
« Mikuru ! Arrêtes de tomber ! C’est ridicule ! »
A qui le dis-tu…
Au bord des larmes, Asahina me donnait une fois de plus cette impression de vouloir se trouver à n’importe quel autre endroit que celui-ci, sans toutefois croire elle-même que ça puisse être possible… Inutile de dire que c’était le genre de chose qui me mettait moi-même au martyr. Et même si il semblait évident que Koizumi se démenait pour éviter de faire trop mal à son adorable adversaire, je ne pouvais m’empêcher de lui en vouloir. Pour autant, l’expérience m’ayant appris que toute intervention intempestive ne mènerait à rien d’utile, je me contentais tristement de foudroyer Koizumi du regard… par simple principe.
Asahina rata une fois de plus sa chute après une technique de projection, lâchant une nouvelle plainte aiguë qui me déchira le cœur. La mort dans l’âme, je me détournais de ce spectacle désespérant pour me recentrer sur mon… euh…
Hmm… non. Je ne pouvais définitivement pas employer le terme de « combat ».
Nagato me fixait de ses grands yeux à la profondeur abyssale, parfaitement immobile. Bien que je ne remette nullement en doute ses capacités d’autodéfense, je me devais de reconnaître que du haut de sa petite taille, ainsi accoutrée d’un judogi un peu trop grand et arborant son regard inexpressif, l’extraterrestre ne passait pas pour un modèle d’intimidation. Ce n’était pas pour autant que je me sentais pressé d’engager un affrontement avec elle…
… sans parler de ce damné contact physique.
En effet, depuis le début de ce soi-disant entraînement, le statue-quo était scrupuleusement respecté entre nos deux partis, vu qu’il semblait évident que Nagato guettait un signe de ma part pour réagir… et comme je n’étais pas spécialement pressé d’entamer quoi que ce soit, cette histoire ne risquait pas de beaucoup progresser.
« Kyon ! Arrête de tirer au flanc ! »
Oublie-moi un peu pour une fois
« Mikuru, si tu tombes encore une fois je vais devoir prendre des mesures ! »
Serrant les poings et les dents, je tentais de contenir le flot d’émotions vindicatives que m’inspiraient la despotique jeune fille et ses exigences capilo-tractées. Devant moi, Nagato restait de marbre, et ne semblait pas pressée de démontrer un quelconque signe de vie. C’était encore un de ces moments où je croyais être le seul à saisir toute l’absurdité d’une situation, un de ces moments où je me sentais assailli d’un intense sentiment de solitude…
Me grattant l’arrière la tête avec lassitude, je finis par en venir à la conclusion qu’il ne servait à rien de lutter, du moins cette fois-ci. Aussi décidais-je de me confronter à mon destin, résigné, tandis que je m’apprêtais à faire un pas en avant, droit vers une extraterrestre qui m’avait rarement semblé aussi inquiétante.
« On arrête tout ! Mikuru tu dépasses les bornes ! »
… Mon dieu, c’est toi ? Enfin ?
« Je vais m’occuper personnellement de ta formation ! Koizumi ! Va remuer l’autre feignant ! »
… Hum, fausse alerte. Pour changer…
Son large sourire en parfait état de marche, Koizumi délaissa sa partenaire pour se diriger vers Nagato et moi, sans que se séparer ainsi d’une aussi belle créature ne semble lui inspirer le moindre regret. Alors certes, je n’aurais plus à expérimenter l’inconnu d’un affrontement au corps-à-corps avec Nagato… mais franchement, à bien y regarder…
N’était-ce pas ça, passer de Charybde en Scylla ?

« Puis-je te poser une question, Kyon ? »
Je ne m’appelle pas Kyon…
« Il se peut que je me trompe, si c’est le cas ne m’en tient pas rigueur mais je tenais à te poser une question. »
Je t’en pris, ce n’est pas comme si j’avais quelque chose de plus intéressant à faire… à part te faire un croche-pied, je veux dire.
« Te serait-il arrivé un évènement désagréable, récemment ? »
J’interrompis mon fauchage en pleine action, avant de lever les yeux vers le visage de mon adversaire temporaire que trop peu de centimètres séparaient du mien. Quelque peu étonné par sa question, je sondais son regard pour tenter d’y déceler les raisons l’ayant poussé à me la poser. Ayant sans doute deviné ce à quoi je pensais avant même que je ne sois moi-même au courant, il reprit :
« Ce n’est peut-être pas si important, mais ces derniers jours, tu parais quelque peu soucieux.
_ Soucieux ?
_ Oui, soucieux. »
M’éloignant l’espace d’un instant du psion qui me servait de partenaire, je pris le temps de réfléchir à la question. « Ces derniers jours »…
Il ne fallait pas chercher bien loin, cela correspondait sans doute à la conversation que j’avais eu avec la Asahina adulte. Dans cette salle de classe…

« Kyon ? »
La voix suave de Koizumi me ramena immédiatement à la réalité.
« Oui… non, tout va bien », assurais-je mollement.
Ayant sans doute compris que je préférais éviter le sujet, Koizumi insista néanmoins :
« Bien qu’elle se refuse à le laisser paraître, Suzumiya s’inquiète pour toi, elle aussi. Tu sembles absent, tu restes silencieux… et ce n’est pas pour la rassurer.
_ Je me demande bien comment tu peux savoir ça si Haruhi le dissimule aussi bien », répondis-je un sèchement.
Koizumi encaissa ma réplique avec patience, tandis que je poursuivais :
« De plus, je ne crois pas qu’elle soit du genre à vouloir être constamment « rassurée ».
_ Tu as tort. »
Derrière le sourire qu’il s’obstinait à exhiber, je ne m’attendais pas à une telle affirmation de sa part.
« Je crois très humblement que tu te trompes », reformula-t-il plus respectueusement, « Suzumiya est au contraire bien plus réceptive au bien-être de ses proches que tu ne sembles le croire. »
Je haussais les épaules.
« Reste à trouver ce qui est pour elle la bonne définition d’un « proche ». »
Koizumi cru bon de philosopher :
« Mais le fait qu’elle soit attentive à ce que pensent ses proches ne signifie pas forcément qu’elle en tient compte.
_ Ben voyons, ça t’arrange bien… » ironisais-je sombrement.
Loin de se laisser démonter, Koizumi continua :
« J’ai la certitude que Suzumiya accorde une importance cruciale à ton point de vue – un point de vue global, j’entends – et que broyer du noir dans ton coin ne peut qu’obscurcir dangereusement son esprit. »
Après une courte réflexion, je choisis de hausser une nouvelle fois les épaules.
« Je vais très bien, et si j’ai envie d’avoir l’air déprimé, je ferais comme bon me semble. »
L’esper troqua alors son sourire spécial « Quoi que tu en penses, j’ai raison » par son tout aussi tendance « Ne sois pas aussi dur avec moi, s’il te plaît », tout aussi large, mais un poil moins enjoué.
« Et puis tu sais… Suzumiya n’est pas la seule que ton comportement inquiète. »
Je clignais deux fois des yeux de manière bien distincte. Suspicieux quant à la signification de cette phrase, je scrutais le visage de Koizumi comme si cela aurait pu me permettre d’extraire son cerveau par le nez, afin d’en disséquer toutes les pensées qu’il aurait pu avoir présentement. Ne décelant rien de concluant, je laissais mon regard faire un détour sur la droite, où Nagato s’était trouvé un confortable coin baigné d’un rayon de soleil pour y poursuivre une de ses lectures. Poursuivant sa route, mon regard se posa finalement sur Asahina, en proie à une vive terreur tandis que Haruhi entendait bien lui inculquer les bases du judo par la manière forte…
… Pauvre Asahina.
« Pff… »
Soupirant à pleins poumons, je lâchais avec agacement :
« Je vais bien, c’est tout. »
Koizumi redevint rayonnant :
« Magnifique ! »
Si tu le dis…
Comprenant que cette courte pause touchait à sa fin, je m’apprêtais sans joie à voir l’entraînement reprendre.
« Pour tout t’avouer », reprit Koizumi en agrippant le bord de ma veste pour prendre la garde, « je suis rassuré. »
_ Pourquoi ça ? demandais-je en l’imitant à contrecœur.
_ Je ne savais pas vraiment sur quel pied danser. Cette petite déprime que tu as eue correspondant au retour d’Asahina, je me suis imaginé beaucoup de choses sur les raisons de ton amertume… »
Non mais je t’en pose des questi…

… Quoi ?

Sans prévenir, un blanc pesant tomba entre nous, en prenant bien soin de s’étendre de tout son long. Ecarquillant légèrement les yeux, Koizumi sembla soudainement réaliser sa maladresse, tandis que je commençais à peine à percevoir où il souhaitait tellement en venir…
« Koizumi… »
La mine sombre, la suspicion suintant à travers ma voix, je relevais mes yeux droits vers sa figure, à une petite vingtaine de centimètres de la mienne…
Son éternel sourire s’étant quasiment dissipé, lui ne semblait pas vouloir reprendre la parole, de peur peut-être d’aggraver son cas. Je poursuivis donc :
« … Est-ce qu’il y a quelque chose que tu veux me demander ? »
Silence…
Durant plusieurs secondes, il n’y eut que le silence…
Avant qu’un cri strident ne retentisse au sein l’atmosphère capitonnée du dojo.

… Je m’aperçus alors une fois mon regard détourné de l’autre psion que Haruhi s’était mise en tête, à califourchon sur sa partenaire forcée, de séparer celle-ci du t-shirt blanc qu’elle avait conservé sous la veste de son judogi.
« Laisse-toi faire, Mikuru ! Je ne tolèrerais pas que ma mascotte passe à côté d’une telle occasion d’être sexy ! »
Fermement accrochée à son vêtement comme s’il s’agissait d’une matérialisation de sa propre vie, Asahina tentait vainement de résister à son agresseur déterminé, lequel enclencha la vitesse supérieur en commençant à chatouiller sa malheureuse victime désormais partagée entre rires et sanglots.
J’imagine qu’en d’autre circonstance, je me serais insurgé avant de voler au secours de ma voyageuse temporelle préférée, seulement un certain enquiquineur de niveau olympique choisit cet instant critique pour briser définitivement la glace :

« Aaah… je n’ai pas été très habile à l’instant, n’est-ce pas ? »
Réorientant mon attention sur mon duel de regard avorté, je retrouvais devant moi la face immaculée du Koizumi souriant, inspirant tour à tour la confiance… et depuis peu, une paradoxale mais certaine impression de méfiance. Pour autant, grand influençable que j’étais, je finis par me détendre un peu moi-même. Préférant apparemment jouer la carte du franc jeu – ou ce qui s’en rapprochait le plus – Koizumi s’éclaircit la voix avant de revenir à la charge :
« Je n’aimerais pas que tu en viennes à t’imaginer trop de mauvaises choses à mon sujet. »
Alors je peux m’en imaginer un peu tout de même ?
« Pour autant… je ne peux nier mon intérêt pour cette entrevue que tu as eu avec Asahina. Je ne te demande pas de ne pas m’en vouloir pour ça. »
Tu fais bien.
Haussant les épaules, et alors que nous nous étions une nouvelle fois séparé d’un mètre, j’optais pour une réplique moins définitive :
« Je trouve juste un peu surprenant que tu en sois réduit à ME demander des informations », fis-je en croisant les bras.
Lui leva ses mains en l’air avec un air désolé :
« En observant la situation de ton point de vue, je me doute que tu puisses être légèrement pris de court. »
Il en était conscient en plus…
« Cela dit, je te crois suffisamment intelligent pour comprendre que l’organisation dont je fais partie compte la collecte d’informations parmi ses objectifs prioritaires. A plus forte raison s’il s’agit d’éléments classés niveau 6 par les…
_ Comment tu sais qu’elles sont niveau 6 si tu ne…? L’interrompais-je immédiatement.
_ … Pas de la manière que tu sembles imaginer, répliqua-t-il secrètement.
_ Tss… et vous n’avez pas de télépathes dans votre réseau de bizarrerie ? »
La question avait été posée tout à fait innocemment, mais une mûre réflexion me fit penser que la réponse pourrait se révéler tout à fait digne d’intérêt.
Koizumi haussa presqu’imperceptiblement les sourcils, avant d’arborer de nouveau ce petit air amusé si déplaisant.
« … Il ne suffit pas de claquer des doigts », se contenta-t-il de dire.
Forcément, c’eut été trop simple…
Effectuant une petite pause dans ses explications pour me laisser le temps de l’insulter en pensée, Koizumi finit par ajouter au bout de quelques secondes :
« Pour en revenir au sujet principal de notre discussion, je me dois de t’indiquer que la bonne entente et le maintien d’une atmosphère stable au sein de notre petit groupe reste de loin ma préoccupation première. Aussi, je saurais me contenter des éclairements que tu auras à me fournir de ton plein gré, si toutefois tel était ton désir, en m’abstenant désormais de t’importuner d’avantage à ce sujet. »
Koizumi se tut, me laissant tout le loisir d’analyser ses mots avec attention… Ce qui était plus facile à dire qu’à faire. La Asahina adulte ne m’avait pas donné de consignes particulières sur ce que je pouvais ou non faire de ces fameuses informations de niveau 6 – un niveau qui me paraissait décidément trop élevé pour être honnête – néanmoins, cela ne devait sûrement pas dire que je devait partager tout ce que je savais avec un psion, fut-ce Koizumi. Etait-il possible que la Asahina adulte soit aussi distraite que sa jeune version ? Enfin, en partant du principe que Mikuru soit réellement aussi distraite qu’elle voulait bien le montrer…
… Raaah !
En face de moi, Koizumi continuait de sourire, guettant ma réponse. Tant pis, ce n’était sans doute pas la solution la plus mâture, mais c’était de loin celle qui me paraissait la plus évidente.
Pointant un doigt véhément dans sa direction, je lançais avec panache :
« Je vais garder ce que je sais pour moi. En premier lieu parce que j’en ai envie, et en second lieu parce que j’ai moi-même des doutes sur ce que je vais faire ou non de ces informations… »
Quitte à être franc…
Une petite pause plus tard, je repris plus lentement :
« Néanmoins… si l’envie me prenait d’avoir des explications philosophiques sur le futur, l’univers, la vie ou le reste… »
Fixant l’esper dans le blanc des yeux, j’achevais :
« … Je sais où te trouver. »
Le visage de Koizumi s’illumina.
« Cette réponse me satisfait pleinement », m’assura-t-il.
Grand bien te fasse. En ce qui me concerne, j’avais juste l’impression d’avoir rajouté un trop court délai entre moi et quelque chose de très désagréable.

« Mais ce n’est pas possible ! Je ne peux pas te laisser une seconde sans surveillance, Kyon ! Remets-toi au travail, et que ça saute ! »
Mais !? Koizumi non plus il ne…
« Ne discute pas ! »
Alors que j’étais partagé par un sentiment de révolte et d’abattement, l’image d’un harcèlement sexuel me revint anecdotiquement en tête. C’est à ce moment que mon regard se posa sur Mikuru, les yeux humides et le visage rougit par la honte, qui tentait d’arranger convenablement sa veste blanche ayant subit les assauts acharnés de Haruhi.
Il m’apparut alors subrepticement que la susnommée était bien parvenue à ses fins…

Au loin, le bruissement quasi-imperceptible d’une page que l’on tourne m’informa que Nagato était toujours vivante.



L’air libre m’avait rarement semblé aussi agréable. Au-dessus de ma tête, le crépuscule prenait ses aises, gratifiant le ciel d’un de ces dégradés orangés plus ou moins poétiques. Je dis plus ou moins parce qu’en matière de poésie, mes connaissances demeuraient excessivement humbles.
Au terme d’un interminable entrainement, le bilan à tirer de cette expérience me paraissait assez honteux. Haruhi avait magnifiquement démontré qu’aucune force de cet univers ne parviendrait à lui faire avoir une extinction de voix, tout en obligeant une Mikuru nue sous sa veste à poursuivre l’exercice avec ce que ça pouvait occasionner comme désagréments. Sans parler du fait qu’elle n’avait jamais su attacher sa ceinture correctement…
De mon côté, tout ce que j’avais retenu de cette pitoyable expérience était une vague technique de projection, ce qui sembla suffire à Haruhi qui jugea que l’opération était un succès complet. Il était néanmoins vrai que si elle se basait sur le nombre de fois où Mikuru s’était retrouvée dépossédée de sa dignité, cette journée avait été particulièrement prolifique… même comparée à d’habitude.
Adossé au mur à l’extérieur du dojo, j’attendais, l’esprit préoccupé par ce qui allait sans doute suivre. Si préoccupé que je ne remarquai pas immédiatement la frêle silhouette à trente centimètres de moi.
« Nagato ? »
De retour dans son uniforme coutumier, la petite extraterrestre me fixait avec des yeux au moins aussi profonds que le puits de Sadako. Et même si je ne pouvais m’empêcher d’être raisonnablement surpris par cette intense attention dont je faisais l’objet, je ne pouvais nier avoir une vague idée de ce qui amenait l’interface humanoïde de taille réduite à m’aborder de la sorte.
« Je serais chez moi, ma porte restera ouverte jusqu’à minuit, me confia-t-elle de sa voix effacée.
_ Euh… d’accord, j’en prends bonne note. »
La petite alien ne s’attarda pas, et tourna les talons avant de s’éloigner de sa démarche réglée au millimètre.
Je la regardais disparaître au détour d’un mur, avant de m’accorder mon soupir de rigueur. Celui qui me servait à évacuer le trop plein de fatigue.
« Tu sais, je me dis que perçu par une oreille extérieur, cette phrase pourrait faire l’objet de bien des emplois. »
Un sursaut désagréable agita mon corps endoloris par l’excès d’exercice physique. Je foudroyais du regard l’inopportun violeur de mon espace vital.
« Excuse-moi, je ne fais pas exprès d’écouter aux portes », m’assura immédiatement Koizumi.
Mais tu écoutes quand même… et franchement, si c’est seulement maintenant que tu t’aperçois de tous les sous-entendus que vos discours métaphysiques peuvent contenir pour un humain normal, tu as quelques wagons de retard !
« Je croyais que tu ne devais plus m’importuner ?
_ Tu fais erreur, contredis Koizumi avec un plaisir non dissimulé, j’ai dit que je ne t’importunerais plus sur la question de ton entrevue avec Asahina, pour le reste…
_ C’est bon, j’ai compris », dis-je avec irritation.
Effectuant quelques pas en avant, le psion ajouta :
« Je me permets simplement de t’informer : le phénomène de divergence temporel semble s’être momentanément stabilisé, et ce depuis quelques jours… »
Dit tout de suite « depuis ma discussion avec Asahina », on gagnera du temps.
« … Cela dit, nombre de puissances réparties sur des plans spatiaux et temporels différents se trouvent toujours en état d’alerte maximum. »
A bien y repenser, je l’avais rarement vu aussi grave.
« …Aussi, au moindre murmure, les choses peuvent se mettre à bouger très rapidement. Et les conséquences… »
Koizumi ne termina pas sa phrase. Il se contenta de jeter un regard vers le soleil rouge, son sourire figé semblant déteindre. Il acheva d’une voix incertaine que je ne lui connaissais pas :
« Pour être franc… je suis un peu inquiet. »
L’esper se mura finalement dans le silence. Ce qui, étrangement, ne fut pas pour ma ravir. Je ne brisai pas le silence… de toute façon, je n’aurais pas pu.
Moi aussi j’étais inquiet.
Ou alors j’avais juste la trouille.

De toute façon, quoi que je ressentais, ce n’était vraiment pas un instant agréable à vivre…



« Qu’est-ce que tu fais encore là ? »
Koizumi était finalement parti, lâchant un vague « au revoir » après avoir respecté toute une minute de calme plat. Asahina avait suivit peu de temps après, n’osant même pas me regarder dans les yeux tandis que j’essayais de la réconforter. Elle décampa rapidement, persuadée qu’elle était « inutile, sale, sans espoir », mais ça, ce n’était pas moi qui le disais.
Ainsi, il m’avait bien fallut patienter dix bonnes minutes supplémentaires avant de voir Haruhi pointer le bout de son nez, étonnée de me voir encore ici, en beau désœuvré planté comme un poteau. Je lui jetais un regard chargé de désolation.
Suzumiya Haruhi… le centre d’attention de toute une partie de la création.
Suzumiya Haruhi… Dieu, sorcière, génie de la lampe ou que sais-je…
Suzumiya Haruhi… une adolescente tyrannique, colérique et inconsciente. Capable d’une manière ou d’une autre de faire basculer le destin de l’univers sur une simple crise de nerf.

« Qu’est-ce que tu regardes avec cet air bête ? »
… C’était vraiment, purement et totalement désespérant.
« Rien. »
Fourrant ma main dans la poche de ma veste, j’en tirais deux bouts de papier.
« J’ai deux places de cinéma. »
Haruhi fronça les sourcils :
« Et alors ? »
Idiote.
« Et alors tu viens ? Il y a un nouveau film, avec une histoire de fantômes. »
Me gratifiant de son regard le plus suspicieux, la fière capitaine de brigade m’interrogea :
« Pourquoi tu as deux tickets ?
_ Je devais y aller avec ma sœur.
_ Et donc ?
_ Et donc elle a rendez-vous chez le docteur
_ Allez-y demain.
_ Demain je ne pourrais pas l’accompagner.
_ Pourquoi ?
_ … J’ai aussi rendez-vous chez le docteur.
_ Alors après-demain.
_ Le film qu’elle veut voir ne sera plus à l’affiche.
_ Allez voir le film avec les fantômes.
_ Elle a peur des fantômes.
_ Hmm… »
Ayant vraisemblablement fait le tour de l’interrogatoire, Haruhi sembla envisager la question de plus en plus sérieusement. Je restais bien là plusieurs dizaines de secondes, le bras tendu avec les tickets dans la main, à attendre que mademoiselle daigne se décider…
Irrité par cette attente qui se prolongeait, je décidais d’utiliser mon atout :
« C’est moi qui paye le pop-corn. »
Haruhi leva les sourcils, apparemment convaincue par mon argumentation sans faille. Haussant les épaules, elle finit par lâcher :
« Bon… j’espère pour toi que ce sera intéressant. »
… Sinon quoi ?
Se joignant à moi, nous commençâmes à nous diriger vers le cinéma le plus proche, pour voir un film dont je ne savais pas grand-chose et dont je me fichais de toute façon éperdument. A dire vrai, j’avais moi-même du mal à comprendre ce que j’étais en train de faire.

Mais Asahina avait été suffisamment claire : c’était à moi qu’incombait désormais la tâche de préserver le monde d’un potentiel chaos. Et pour ce faire il n’y avait qu’une seule alternative…
Suivre le plan.
A tout prix, quoi qu’il m’en coûte, je devais suivre le plan.





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Bon, maintenant que je m'y suis remis, la suite devrait prendre largement moins de temps à venir.
A la prochaine.

2 commentaires:

Nautawi a dit…

Cela fesait assez longtemps que j'attendais la suite et ... j'ai été heureux de lire ce 4ème chapitre !
Ce chapitre est d'un très bon niveau, l'histoire continue, elle est prenante et je n'ai vu que très peu de fautes.

J'ai particulièrement adoré l'interrogatoire et le petit "conseil" de Yuki.

Le L vacancier a dit…

Sublime chapitre, que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.

Needs moar fan-service, though...

Bon courage pour la suite.