vendredi 20 novembre 2009

Fanfiction : Le Monde de Suzumiya Haruhi / Chapitre 5

Yop, une suite plus longue pour un temps de gestation en conséquence. Qu'à cela ne tienne, il est bien là, pour vous, en dolbi digital sensurrund muet multibichromatique de type typographique avec des points (beaucoup).
Sur ce je vais arrêter de dire trop de connerie, et vous souhaiter une bonne lecture!




LE MONDE DE HARUHI SUZUMIYA

CHAPITRE 5






Trois jours plus tôt, Haruhi participait à une tombola organisée dans un supermarché du centre-ville, où son œil de lynx avait isolé comme prix potentiel une imprimante laser dernier cri avec scanner intégré. Loin de moi l’idée de prétendre savoir ce qu’elle comptait faire d’une imprimante laser dernier cri avec scanner intégré – l’important n’étant pas là – mais la suite prouva que Haruhi, elle, avait déjà de grands projets la concernant. C’était en tout cas l’explication la plus évidente à ce qui suivit, si on tenait compte de l’acharnement obsessionnel que Haruhi démontra afin de s’approprier ladite imprimante laser dernier cri… avec scanner intégré.
Ainsi, lorsqu’elle en eu assez de dilapider son argent à force de perdre à ladite tombola – ce qui arriva tout de même six fois de suite – Haruhi entreprit sans se laisser démonter d’obtenir ce qu’elle considérait lui revenir de droit par tous les moyens possibles et imaginables.
L’absence d’Asahina à son côté la privant de son principal argument de marchandage, Haruhi due se contenter d’user de ressources plus accessibles. Cela comptait le traditionnel scandale public, la fausse dénonciation de tricherie, la prise à partie d’un passant involontaire, … ainsi qu’une nouveauté, qui consistait à menacer le quidam préposé à la loterie de se prendre elle-même en photo dans le plus simple appareil, avant d’envoyer à sa femme les clichés au contenu subversif – pour ne pas dire complètement pervers – et saturé de sous-entendus.
Il va sans dire qu’une telle manœuvre aurait sans doute porté ses fruit si Haruhi était tombée sur une de ses habituelles victimes, le genre inquiet de son image et très docile devant la menace. Cependant, l’avide tyran en jupe fut cette fois confronté à un tout autre format d’adversaire, sous les traits d’un jeune type aigri de nature, sûrement machiste sur les bords et célibataire endurci de surcroit. Lequel clamait avec véhémence qu’en aucun cas il ne cèderait son imprimante laser dernier cri avec scanner intégré à ce qu’il se plaisait à appeler « une de ces enquiquineuses mauvaises perdantes persuadées qu’être jolie suffit à mettre le monde à leurs pieds ». Le plus étonnant n’étant finalement pas la ténacité inconsciente que le vendeur démontrait mais le fait qu’il soit parvenu à glisser un compliment au milieu de toutes ces piques.
La bataille perdura un bon moment au sein de la galerie marchande du grand magasin, sous les regards atterrés des passants qui auraient eu bien du mal à déterminer lequel de ces deux forcenés était le plus coriace. Cependant, l’affrontement eut une fin prématurée lorsque le responsable de la grande surface débarqua en trombe, alerté par la sécurité et le mouvement de foule grandissant qui menaçait de dégénérer en véritable émeute. Celui-ci proposa alors à Haruhi un lot de consolation, afin de lui faire lâcher prise. Haruhi aurait bien refusé l’offre pour obtenir l’objet exacte de sa convoitise, si elle n’avait pas dû se rendre en cours dans les dix prochaines minutes. C’est ainsi qu’elle s’était retrouvée en possession d’une poignée de tickets utilisables dans le cinéma du quartier, tandis qu’une guerre meurtrière fut évitée de quelques cheveux.
Déçue, mais moins que si elle était revenue complètement bredouille, Haruhi ne mit pas longtemps à se remettre de sa déception éclair, lorsque son regard avisé se posa un peu plus tard sur les pages d’un magazine traitant du septième art. Il n’en fallut pas plus pour la faire arriver en trombe dans la salle du club, toute contente de nous intimer l’ordre de l’accompagner voir un film traitant de… fantômes.

Fort malheureusement, un grain de sable vint lui rappeler que dans la vraie vie, tout ne se passait pas exactement comme on le voulait.

Ainsi, Mikuru avait due tenir le lit après avoir attrapé froid la veille, en essayant un nouveau costume trop découvert que je préfèrerais tenir secret, la laissant dans l’incapacité d’effectuer une quelconque sortie. Koizumi, de son côté, avait plié bagage l’espace de deux jours afin de régler une affaire interne à son organisation de tordus. Une question de sous-effectif ou je ne sais quoi. Pour finir, Nagato s’était… absentée. Je ne savais pas bien pourquoi, d’ailleurs. Mais bref, je m’étais donc par la force des choses – ou un vaste complot très bien organisé – retrouvé le seul idiot disponible pour accompagner mademoiselle à son cinéma, et cela pour voir un quelconque navet qui ne m’inspirait rien de transcendant.


Voici très précisément ce qui aurait dû se passer.


Seulement voilà…
… Curieusement, dans la vie, tout ne se passait pas exactement comme on le voulait.


Parce que Haruhi était plus occupée à tenter de dominer le monde qu’à faire des courses, elle ne participa jamais à cette tombola.
Parce qu’elle était retournée dans le futur sur ces entrefaites, justement à cause des agissements imprévus de Haruhi, Mikuru n’eut jamais l’occasion d’attraper froid et de se retrouver obligée de rester alitée.
Parce que le degré d’urgence de la situation actuelle faisait passer les basses affaires de sous-effectifs pour des détails insignifiants, Koizumi avait été maintenu à sa place au plus près de Haruhi.
Nagato, quand à elle, semblait ne pas avoir bougé de sa chaise depuis la semaine dernière, si ce n’était à l’occasion d’un entraînement de judo vaseux.

C’était là ce que m’avait raconté Mikuru… ça et bien d’autres choses.
Des choses comme un résumé détaillé des dix prochaines années de la vie de Suzumiya Haruhi…




En y repensant… Je ne dirais pas que j’avais la trouille – d’autant que j’en avais déjà fais la remarque il n’y a pas si longtemps – mais…
Comment dire…
… L’on venait de me révéler ce qui ne semblait pas moins que la destinée de Haruhi, une destinée que je devais moi-même, en tant qu’agent du futur par intérim, veiller à ce qu’elle se déroule tel quel.
Bizarrement… tout cela me rendait un peu…


Je ne savais pas.
Je n’en avais aucune idée, pas la moindre.
Rien à faire, rien à dire, je ne savais définitivement pas quoi en penser, ni comment réagir. Et chaque fois que cette histoire me revenait à l’esprit – soit à chaque secondes de chaque jour depuis cette fameuse entrevue – ma tête me semblait se vider d’un seul coup. Un vide qu’il serait plus judicieux de comparé à un trou noir, dispersant ma capacité de réflexion aux quatre coins de cet univers.
Alors, machinalement, sans vraiment y songer, je me suis procuré deux tickets de cinéma, je me suis assuré de choisir la séance précise qu’aurait décidé Haruhi en temps « normal », et je me suis résolu à aller voir ce film de fantôme en sa seule compagnie. Sans vraiment comprendre à quoi cela pourrait bien me mener.
Même détenteur de ces fichues informations de niveau 6 et de l’emploi du temps de Haruhi pour la décennie à venir, j’avais l’impression de ne rien savoir…
Si.
Il y avait une chose dont j’étais certain.
J’avais la trouille.

… Pour ne rien arranger, le film fut franchement moyen.


Le claquement de ma main contre ma joue eut l’effet escompté : celui de me faire retrouver mes esprits. Car l’heure n’était pas à l’introspection, elle était très précisément à 23h23, et mon petit doigt me disait que j’étais légèrement en retard.
Me dirigeant dans la direction opposée à celle qu’avait emprunté Haruhi lorsque nous nous étions séparés plus tôt, je sprintais tel un champion olympique du 100 mètres dopé et traqué par le fisc afin d’espérer parvenir à temps à mon second rendez-vous de la soirée.
« Ma porte restera ouverte jusqu’à minuit » m’avait-elle prévenu, sans toutefois me gratifier d’une explication quand à cet horaire inhabituellement stricte. Nagato comptait-elle se coucher tôt ? Attendait-elle du monde à part moi ? Allait-elle sortir danser en boîte de nuit… ?

… Je devais vraiment être très fatigué. Un peu de repos me ferait le plus grand bien.
Cela dit, ma question demeurait en suspend. Asahina ne m’avait d’ailleurs rien dit à ce sujet, se contentant de me narrer ce qui concernait directement Haruhi. Ainsi, la belle rousse avait commencé par me faire un compte-rendu détaillé de la semaine à venir, que j’avais dû mémoriser à l’heure près, avec pour consignes expresses de veiller à ce que ce présent-ci ne diffère le moins possible de ce qui était prévu par les gens du futur, sous peine de voir la séparation s’accentuer entre les deux espaces temporels.
Je ne pouvais pas dire que les débuts furent fructueux, n’ayant pas pu empêcher Haruhi de mener à bien son projet d’entraînement de judo. Mais ma récente manœuvre cinéphilique vint m’apporter une once d’optimisme. Peut-être arriverais-je à me débrouiller pour que les choses ne dégénèrent pas… Du moins au début.
Car après m’avoir parlé de la semaine à suivre, la Asahina adulte m’avait raconté – un peu plus brièvement – ce à quoi je devrais faire face dans le prochain mois…
Puis, globalement, les évènements importants qui devaient ponctuer l’année prochaine…

… Avant d’aborder cette fameuse décennie.
En partant du principe qu’un miracle ne se produise, et que je parvienne à faire en sorte que tout se passe comme prévu, il allait se produire beaucoup de choses dans les temps à venir…
Pas de mauvaises choses en soi, Asahina m’ayant bien dit que l’avenir s’annonçait radieux, mais des changements importants…
Dans la vie de Haruhi…

… et aussi dans la mienne.


Un poteau salvateur aux abords d’un petit parc me permit de me rattraper et de conserver un semblant d’équilibre, exténué que j’étais à tenter de traverser la moitié de la ville en courant. Le souffle rauque, le regard perdu, je traquais le moindre panneau susceptible de m’assurer que j’étais toujours sur le bon chemin.
23h27, zut de zut !
A priori, j’étais presque arrivé… mais mon corps me hurlait de faire une pause, sous peine de se disloquer au moindre pas de plus. M’évertuant à retrouver un rythme cardiaque décent, je tentais de faire disparaître les mouches voletant devant mes yeux en secouant frénétiquement la tête, ce qui eu juste pour effet de me rendre encore plus hagard. J’imagine que c’était en partie à cause de ça que je n’avais pas remarqué tout de suite…
Je m’abstins de sursauter sur le coup de la surprise, peut-être parce que dans l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, j’étais devenu insensible à toute tentative d’intimidation. Mais les faits étaient là…
L’endroit était désert, aucune voiture ne passait dans la rue voisine.
A bien y regarder, j’étais seul. Complètement seul…

… si on exceptait ce type qui ne m’avait pas lâché du regard depuis mon arrivée.

A ma droite, je pouvais distinguer dans la pénombre une série de 4 ou 5 bancs en bois… et sur l’un d’entre eux, le plus proche de ma position, une silhouette assise sur le bord du dossier semblait particulièrement attentive à mes faits et gestes. Mon rendez-vous urgent me sortant soudainement de la tête, je me mis à scruter l’obscurité, pas vraiment rassuré d’être ainsi détaillé de la sorte par un sinistre inconnu. D’instinct, j’aurais dit que c’était un homme, d’une taille… difficile à déterminer au vue de sa position. Il portait une simple veste sans manche, ce qui pouvait paraître incongrue étant donné la fraicheur ambiante. Une capuche rabattue sur son crâne plutôt chevelu n’arrangeant nullement son air résolument pessimiste, le type ne bougeait presque pas… si on exceptait le petit sourire moqueur et potentiellement glauque qu’il semblait m’adresser.
« Vous n’avez jamais vu quelqu’un de fatigué ? » lui demandais-je avec un grain d’irritation.
J’eu à peine achevé ma phrase que l’ambiance sembla s’alourdir aussi sec. Le type arrêta subitement de sourire. En fait, pour une raison aussi obscure que les poches de ma veste, il avait l’air complètement abasourdi.
« Quoi ? » demanda-t-il sur le ton de quelqu’un qui n’avait pas compris une blague.
Soupirant à plein rendement, je repris sans toutefois y croire :
« J’ai dit : « Vous n’avez jamais vu quelqu’un de fatigué ? » »
Après une courte seconde de latence, le type sembla se prendre un véritable électrochoc. D’un bond, il sauta sur ses jambes, à tel point que je le cru bien parti pour venir me faire ravaler mon irritation mal placée. Mais il ne se montra nullement agressif… et se contenta d’arborer ce même air ébahis, avant de lâcher, lui-même comme s’il n’y croyait pas :
« Tu… tu peux me voir ? »

Un regard rapide à ma montre… 23h30 !
Mes jambes bougèrent toutes seules. Ce n’était pas que rater l’occasion de discuter au clair de lune avec un quidam potentiellement murgé ne me déplaisait, mais j’avais une affaire en cours autrement plus préoccupante que le problème de l’alcool dans la société moderne. Laissant en plan ledit quidam, je décidais de parcourir d’une traite la distance qu’il me restait à parcourir, quitte à mourir deux ou trois fois en cours de route.
Ça aurait au moins l’avantage de me libérer de toutes ces bêtises.
Bien content de mettre de la distance entre moi et un morceau de la misère du monde, j’accélérais encore la cadence, tout en jetant quelques regards par dessus mon épaule pour m’assurer un peu bêtement que je n’étais pas suivi.

C’est aux alentours de 23h34 très précise que les lignes familières de l’immeuble qui faisait office d’ambassade extraterrestre m’apparurent enfin. Caressant nonchalamment la future bosse sur mon crâne résultant d’une très récente collision avec un lampadaire, je me répétais inutilement que lorsqu’on courait, il était plus prudent de regarder devant soi au lieu de jeter (bêtement) des regards par dessus son épaule…
Décidé à ne plus perdre de temps, je m’approchais de l’interphone à côté de la porte avant de pianoter nerveusement sur le clavier de quoi contacter l’appartement 708…
Un grésillement électronique se fit entendre. Sans plus de cérémonie, j’enchainais avec une assurance que je voulais sans faille :
« Oui, c’est moi, enfin moi… je veux dire c’est Kyon… euh, pas « Kyon », enfin si mais ce que je veux dire c’est que… »
Un bip vint couper court au ridicule de la situation. La dignité humaine ma paraissant décidemment bien délicate à garder au niveau, je choisis de passer outre et de pénétrer dans l’immeuble. Empruntant l’ascenseur qui me conduisit sans encombre au septième étage, je parvins devant la porte de l’appartement 708, un peu moins détendu que prévu.
Sachant pertinemment que le temps était compté, je poussais délicatement la porte.

Nagato était là, debout dans son uniforme du lycée, ses grands yeux froids posés sur l’entrée de son humble demeure.
« Euh… bonsoir », dis-je en levant la main comme un beau demeuré.
Par miracle, Nagato prit tout de même la peine de m’adresser un léger signe de tête, avant de tourner les talons, m’invitant à la suivre dans le salon… enfin c’était ce qu’il semblait… je crois.
La même pièce quasiment vide, la même table, le même thé… et nous deux, face à face, d’un bout à l’autre de la table, à nous regarder comme des chiens de faïence.
Il m’était délicat de trancher si cette ambiance excessivement feutrée me mettait à l’aise ou non. Je veux dire… le thé était bon – même après en avoir repris quatre fois –, le chauffage à la bonne température, l’hôtesse des lieux ne m’assaillait pas de questions sur ma vie privée…
… Mais si elle pouvait juste éviter de me fixer sans discontinue pendant toute la durée de la visite, je ne m’en porterais pas plus mal.
« Alors, tu… »
Non pas que j’étais pressé, mais je me doutais bien qu’il ne faudrait pas compter sur Nagato pour engager la conversation.
« Tu avais quelque chose à me dire, non ? »
Waouh, huit mots sans bafouiller, ça faisait longtemps…
Mon lyrisme ravageur eut alors l’effet escompté – ce n’était pas si souvent – et Nagato commença avec la plus grande sobriété et sans autre préambule :
« Conformément aux prévisions, la divergence temporelle qui s’opère depuis 173 de vos heures locales se répercute de manière exponentielle au travers des motivations, agissements et convoitises de chacun des divers organismes gravitant autour de Haruhi Suzumiya…
_ Haruhi a des poux ? » la coupais-je sans gène.
Clignant subrepticement des yeux, Nagato mit plus d’une moitié de seconde à me répondre, ce qui en disait long sur l’aspect inattendu et tout à fait illogique de ma question… d’un point de vue extraterrestre, s’entendait.
« Le cuir chevelu de Haruhi Suzumiya est parfaitement sain.
_ Je suis ravi de l’apprendre, et celui d’Asahina ?
_ Mikuru Asahina possède une hygiène corporelle globale tout à fait irréprochable sur des critères humains.
_ Excellent, excellent… mais et toi, alors ?
_ Moi ?
_ Hé bien oui, qu’en est-il de ton hygiène ?
_ L’enveloppe corporelle qui me permet d’agir en tant qu’interface humanoïde n’est pas sujette aux formes les plus basiques de dégradations relatives à la vie sur Terre.
_ Alors tu ne te laves jamais ?
_ A moins que ce ne soit nécessaire à mon activité d’observation de Haruhi Suzumiya, non.
_ C’est pratique, ça te fait gagner du temps libre.
_ Du temps libre? répéta Nagato.
_ Oui… au cas où tu aurais envie de faire un peu de shopping, ou d’aller t’acheter un portable, ou…
Le visage de la petite extraterrestre demeurait d’une inexpressivité désespérante, tant et si bien que je préférai mettre un terme à la plaisanterie, qui avait de toute façon déjà trop duré.
« Bref… tu parlais d’organisme ? »
Agissant une nouvelle fois comme si nous n’avions jamais dévié du sujet de conversation initial, Nagato reprit avec tout le flegme du monde :
« C’est dans cette optique que l’entité pensante d’intégration des données me rappelle à elle afin de réorganiser à long terme le programme d’observation des agissements de Haruhi Suzumiya. »

De… qu…
Pardon ?!
« Oui, pour cette raison, j’ai reçu des instructions précises que je suis censé vous transmettre, à commencer par une mise en garde se basant sur les récentes révélations transmises par Mikuru Asahina.
_ Je… »
Imperturbable, la petite extraterrestre enchainait :
« Mikuru Asahina n’a fait que transmettre des données se basant sur un futur qui n’est plus assuré d’avoir lieu. En tant que tel, il serait dangereux de croire que de telles informations permettraient de rectifier une fluctuation temporelle qui a déjà été enclenchée, rendant obsolète les informations susmentionnées. »
Dingue, je croyais avoir tout compris… et pourtant, ça ne me faisait pas vraiment plaisir.
_ Est-ce que… tu essayes de me dire que ce que je fais ne sert à rien ? »
Nagato hocha légèrement la tête, ce qui fut en passant assez amusant à voir.
« Pas intégralement. »
Ah bon, si ce n’était que ça, alors…
Dans sa grande miséricorde, sainte Nagato m’offrit une explication élargit de son point de vue sur la question :
« En terme de probabilités, les chances de pouvoir conformer manuellement le schéma de ce présent afin qu’il mène de manière certaine et identique au futur tel que Mikuru Asahina le connait sont proches de zéro.
_ Mais… zéro, « zéro » ? Ou zéro « un peu plus » ?
_ Proches de zéro.
_ Ah bon, ce n’est pas si terrible, alors…
_ Si. A un niveau humain, il s’agit d’une mission impossible à mener à bien.
Le niveau humain te remercie de ta confiance… »
Une foule de nouvelles questions vint s’ajouter au demi-milliard que j’avais déjà en stock.
Mais la première à me sortir de la bouche fut celle-ci :
« Mais, les types du futur sont-ils conscient de ça ? Si c’est réellement impossible, ils doivent bien le savoir, non ? A quoi ils jouent ? »
_ Il s’agit d’une information qui n’est plus à ma portée. »
… De ?
Il me sembla l’espace d’un instant qu’un bourdon occasionnel m’avait ôté le sens de l’ouïe… à moins que ce ne fut une démence passagère.
« Tu pourrais répéter ce que tu viens de dire ?
_ Il s’agit d’une information qui n’est plus à ma portée.
_ Et quelle est la racine carrée de 17789 ?
_ 133,37541002…
_ Tant que j’y suis, est-ce que tu saurais quel âge a Asahi…
_ Il est bientôt l’heure. »
Passé la déception d’avoir vu mon maigre espoir réduit à néant, ma bonne vieille curiosité reprit le dessus. Constatant l’air grave que venait de prendre Nagato (si, si), je ne manquais pas de me renseigner :
« Mais… l’heure de quoi ? »
Quelque chose de très lumineux s’alluma dans mon crâne.

« Ma porte restera ouverte jusqu’à minuit »
« L’entité pensante d’intégration des données me rappelle à elle »

A cet instant, je me sentis soudainement très mal.
« Mais… mais… mais ! Tu pars ? Tout de suite ? Pour combien de temps ? Et pourquoi ? »
Je ne savais pas si c’était particulièrement intéressant ou utile, mais j’en appris un peu plus sur le mode de fonctionnement et de raisonnement de Nagato en constatant qu’elle choisit de répondre d’abord à ma dernière question :
« Comme je l’expliquais aux prémisses de cet entretien, l’entité pensante d’intégration des données a jugé préférable de rapatrier la totalité des interfaces majeurs en faction pour une réorganisation globale du système, ainsi qu’une redissémination des données. C’est pour cette raison que je dois m’absenter pour une durée indéterminée d’ici un laps de temps de 8 minutes et 55 secondes.»
Aah non… en fait elle prenait les questions à rebrousse-poil et compressait toutes les réponses en une seule phrase. C’était donc ça… « l’intelligence supérieure » !
… Mais ! Mais elle s’en allait vraiment, alors ?!
« Hola, hola ! Doucement ! m’emportais-je en commençant à réaliser tout ce que cela pouvait bien impliquer, Tu ne comptes tout de même pas partir alors que… que… ! »
J’allais terminer par un « Alors que j’ai besoin de toi !» enflammé, mais j’avais peur de partir trop loin dans le mélodrame… et puis zut !
« … Alors que j’ai besoin de toi ! »
Nagato m’asséna un cruel :
« Le choix ne m’appartient pas.
_ Mais enfin… tu ne vas pas partir comme ça ?! Que va dire Haruhi ?
_ La considération personnelle de Haruhi Suzumiya concernant son environnement proche ne fait plus partie de mes…
_ Mais, sans parler de Haruhi… je croyais que tu devais me dire… enfin, si ma « mission » est vraiment vouée à l’échec, je fais quoi, maintenant ?
_ L’observation des collaborations occasionnelles de l’être le plus important aux yeux de Haruhi Suzumiya avec les différents organismes gravitant autour de Haruhi Suzumiya ne figure plus parmi mes objectifs prioritaires. »
Tes objectifs priori… et depuis quand, je te pris ?!
Avant même que je n’ais pu dire « Je proteste ! », Nagato exécuta un de ces clignements d’œil plein d’expressivité.
« Il est bientôt l’heure. »
J’avais tout juste l’impression d’être un condamné à mort à qui l’ont rappelait l’heure de son exécution.
Sentant mes forces me quitter d’un seul coup, je me laissais sombrer dans un silence aussi pesant qu’involontaire. Nagato n’ajouta rien, à se demander si elle se serait jamais servi de sa langue si qui que ce soit lui avait jamais adressé la parole. En même temps, pourquoi parler si personne ne vous répondait ? Et pourquoi trouvais-je toujours le moyen de me poser des questions stupides en temps de crise ?
Les secondes passaient au rythme effréné d’une soucoupe volante en panne – si tant est que ce fut possible - nous rapprochant un peu plus près de l’heure fatidique.
« Bien »
Sans plus de cérémonies, Nagato se leva.
Puis, sans prévenir, elle vint se placer face à la baie vitrée de son appartement.
Et c’est avec ce même respect de l’effet de surprise qu’elle commença à se déshabiller.

… MAIS ?!
« Nagato, qu’est-ce que tu fais ?! m’exclamais-je tandis que son blazer sombre tombait déjà au sol.
_ Je dois me préparer à la réintégration moléculaire. Si mon enveloppe corporelle sera convertie dès l’instant du transfert, il n’en va pas de même pour mes possessions à composantes textiles. Je dois donc les laisser ici, où elles seront prises en charge avec le reste. »
Le reste ? Quel reste ? La jupe aussi ?
Il était désolant de constater l’état de dégradation de mon niveau psychique à mesure que je réalisais à quel point Nagato était vraiment rapide à se dévêtir. Avant même de m’en rendre compte, je me trouvais déjà en mesure de donner la couleur du soutien-gorge de Yuki Nagato, l’interface humanoïde extraterrestre !
S’en fut beaucoup trop pour mon pauvre esprit humain. Avec une résolution guidée par un inexplicable effroi, je détournais courageusement le regard, tentant désespérément de faire du plancher mon unique source de réflexion.
Un froissement de tissu m’informa que sa jupe venait finalement de tomber parterr… LE PLANCHER, J’AI DIS ! LE PLANCHER !
Comptant les battements accélérés de mon cœur pour passer le temps, celui-ci sembla prendre un malin plaisir à ne pas se presser.
Un calme plat tomba dans l’appartement, tandis que mes yeux rivés sur le plancher luisant semblaient frappés d’un inquiétant tremblement. Puis, après une nouvelle fournée de secondes paresseuses et d’ultimes bruissements d’étoffes dont je ne voulais en aucun cas connaître la cause, un silence absolu prit place. Je me sentais désormais seul… moi et ma peur de commettre un incident diplomatique d’ordre cosmique.
Je ne savais pas si j’attendais que quelque chose de particulier ne se passe… juste que la solitude commença assez rapidement à me peser.
La voix légèrement tremblante, je murmurais presque :
« Tu… es toujours là ?
_ Oui » me répondit simplement Nagato.
Nouveau silence… Mon cœur avait un mal fou à se calmer.
« Et… nous attendons quelque chose en particulier ?
_ Minuit. »
Rapide coup d’œil à ma montre…
« Il reste… à peu près 5 minutes.
_ C’est exact. »
Exact…

… Poum poupoum…

… Sans rire, qu’est-ce qu’elle pouvait bien utiliser comme décapant pour avoir un plancher aussi brillant ? Encore une preuve de la supériorité alien, j’imagine…

Au fait, depuis tout à l’heure, elle était juste devant sa baie vitrée, non ? Et elle était… oh mon dieu…

« Euh… c’est sans doute une question idiote mais je ne sais pas trop quoi dire d’autre, alors… tu n’as pas froid ? »
Ça y est, je commençais à sentir mes conduits nasaux s’obstruer anormalement…
« Aucunement, me répondit la petite extraterrestre.
_ Oui… tu n’as jamais froid, n’est-ce pas ? »

… Etonnamment, aucune réponse, fut-elle brève, ne me fut apportée cette fois-ci.
Et le silence qui revint au galop me parut alors si effrayant que je choisis le premier sujet de conversation qui me venait à l’esprit pour le briser :
« Les informations que m’a confié Asahina, elles sont de niveau 6… c’est grave ?
_ Je ne comprends pas le sens de la question.
_ Pardon… Je veux dire, c’est un niveau plutôt important, non ?
_ Relativement, il existe des stades supérieurs d’amas de données au sein des archives humaines en possession des supérieurs d’Asahina Mikuru.
_ Sans rire ?
_ Mes aptitudes en matière de formations d’énoncés à caractère humoristique sont inexistantes.
Le reconnaître est déjà un grand pas en avant !
_ Pourtant tu as du potentiel. A t’entendre, on pourrait croire que les supérieurs d’Asahina ne sont pas humains.
_ … »

Je ne savais pas ce qui était le pire dans le silence de Nagato. Le fait que ma blague idiote soit envisageable ou le fait que je puisse inventer pareilles idioties…
… C’étaient bien des idioties, non ?!
« Ça ne va pas te manquer ? demandais-je illico pour dévier à tout prix du sens inquiétant que prenait la discussion.
_ Quoi donc ?
_ Ben… tout ça, quoi, dis-je en brassant vaguement de l’air, la Terre, le présent, le Japon, la Brigade SOS… »
Je ne savais pas trop ce que j’espérais à lui demander ça. Il semblait plutôt évident qu’elle n’allait pas se mettre à fondre en larme en gémissant qu’elle ne voulait pas partir… alors quoi ? Elle allait s’en aller, maintenant, et après ? Le monde n’allait pas s’arrêter de tourner. Haruhi allait faire un foin pendant quelques semaines et ce serait vite oublié. Peut-être bien que Nagato elle-même n’en avait rien à faire, elle allait retourner chez elle, dans un monde plein de Nagato et d’Asakura, loin de l’illogisme humain… ça ne lui faisait ni chaud ni froid, c’était forcé, non ?


« … Je ne sais pas » m’avoua finalement une petite voix presque effacée.
Elle… ne savait pas ?

Ha… Haha…
Hahahaa… Evidemment !
Aucune chance que ça ne lui fasse ni chaud ni froid ! Impossible ! Inenvisageable ! Illogique !
C’était Nagato, nom de nom ! Yuki Nagato ! « L’indispensable personnage silencieux de la Brigade SOS » ! Bien sûr que Haruhi ne se remettrais jamais de sa disparition ! Elle allait la chercher, la traquer même pour lui remettre le grappin dessus ! Un monde plein d’Asakura ?! Quel genre de personne qui connaît vraiment Asakura voudrait vivre dans un pareil enfer ?! Et si il y avait bien quelque chose de certain, c’est que si Nagato n’était plus là pour rattraper toutes les gaffes de miss Terminator à serre-tête jaune, il n’y aurait plus de Terre d’ici deux semaines ! Trois, grand maximum !
… C’était Nagato, quoi. Il n’y avait pas besoin d’en dire plus pour comprendre…

Et c’est ce que je fis : je me replongeais dans le silence.



« Tu devrais te dépêcher de revenir, ça va devenir encore plus morne dans les environs… »
Même si c’était vrai, c’était plutôt comique à dire à quelqu’un comme Nagato… plutôt…
« Il m’est impossible ne serait-ce que d’estimer le temps qu’il me faudra pour revenir. Cela tenant compte par ailleurs d’un pourcentage non négligeable de chance que je ne sois jamais renvoyé en faction sur Terre. »
C’était moi ou Nagato venait de mettre de la « chance » dans ses équations ?
« Mais… tu ne pourrais pas, je ne sais pas… faire comme cette fois, où tu étais allé récupérer les… souvenirs ou quelque chose du genre chez ton toi futur. Tu ne pourrais pas, exceptionnellement… recommencer ?
_ Le partage de mémoire avec une disparité temporelle alternative est un procédé qui requiert un nombre conséquent de conditions pour pouvoir être employé. Présentement, certaines de ces conditions manquent ou se sont trouvées altérées.
_ P… par exemple ? Si ce n’est pas indiscret, bien sûr ? »
Il me semblait effectivement que l’indiscrétion était un facteur très représentatif de ma vie, ces derniers temps.
« Le futur a effectué une nouvelle rocade temporelle par rapport au schéma préétabli. Or, un bug système survient invariablement lorsque ce présent tente une liaison avec le futur tel qu’il semble se profiler. »
Un instant, ce n’était pas pile poil ce que redoutait Asahina ?
« Il s’agit là d’une des divers raisons ayant entrainé cette décision de l’entité pensante d’intégration des données, concernant le rapatriement de toutes les interfaces majeurs pour réorganisation du système.
_ Mais… ! Asahina m’a dit que la séparation n’avait pas encore eu lieu !
_ Ce qui était bien le cas il y a trois jours. »
Je restais scié par la nouvelle… alors… ce que j’essayais de faire ne servais véritablement à rien ? Je ne pourrais pas empêcher tous ces changements d’arriver ?!
« Est-ce que… la Asahina que nous connaissons est au courant ?
_ Oui. »
La pauvre… elle devait être dans un bel état… et je ne m’en étais même pas rendu compte !
Alors quoi ? Il se passait quoi maintenant ? Qu’est-ce que je devais faire ? C’était de nouveau complètement chamboulé dans ma tête ! Mais ZUT !
« Je fais quoi, alors ?! » m’écriais-je à haute voix sans même m’en rendre compte.
Passablement énervé, je tentais de me calmer aussi sec, refusant que Nagato ne parte en me voyant aussi incapable de mener à bien quoi que ce soit tout seul. Pourtant, je n’aurais pas été contre le fait que la petite extraterrestre ne me donne un petit conseil…
Un conseil qui ne venait pas.
« Dis… Est-ce qu’il n’y a rien à faire pour tout arranger ? »
Le silence désespérant que respectait Nagato était à deux doigts de me faire sortir de mes gonds. Malgré les apparences, je ne demandais pourtant pas une solution miracle.
Un petit mot d’encouragement, ce serait déjà pas mal…

Un petit regard désintéressé à ma montre : plus qu’une minute.

Voilà… c’était tout.
Dans une minute j’aurais l’impression d’être encore plus seul que d’habitude devant l’adversité. Tss… c’était complètement dingue. En venant ici, je croyais obtenir des réponses au flot ininterrompu de questions qui m’était tombé dessus depuis plus de trois jours, et tout ce que je récoltais c’était encore plus de questions. Ou alors je devrais me réjouir d’avoir eu droit en direct à la capitulation extraterrestre dans leur entreprise de conquête de la planète, mais franchement, ça me décevait plus qu’autre chose. Devant l’adversité, on ne prend pas la fuite si on a un minimum d’amour propre, à la fin !
Enervé que j’étais, je finis par en témoigner concrètement :
« Et je fais quoi si j’ai besoin de trafiquer une batte de base-ball ? demandais-je avec une pointe d’agacement.
_ Faire confiance à Pythagore. »

… Quoi ?
Sur le coup de la surprise, je m’étais retourné.
« Je te demande pardon ?
_ Lorsque le cas de figure approprié se présentera, en cas de péril, il faudra faire confiance à Pythagore.
_ C’est… toujours bon à savoir mais… qu’est-ce que c’est censé vouloir…
_ Par ailleurs, même si toutes les interfaces majeures sont rapatriées, les interfaces mineures ont été maintenues en place, par mesure de sécurité. »
Interfaces mineures ? Un modèle réduit de Nagato, c’était possible ?
45 secondes
« De plus, dans le cas où la divergence se retrouverait à croiser de nouveau le chemin temporel préétabli, il serait sans aucun doute judicieux pour quiconque m’entendrais de retenir ces quelques nombres : 42, 3117,…
Instinctivement, je fourrais ma main dans ma poche à la recherche du moindre bout de papier. C’était important, ce qu’elle me disait était important. Extrêmement important, même, c’était évident. Je ne savais pas bien si Nagato avait le droit de me délivrer ces informations, ni ce qu’elle risquait en agissant ainsi, mais ce n’était sûrement pas le moment de se poser la question…
Par miracle, mes doigts croisèrent la surface lisse du ticket de cinéma, que j’avais fourré dans ma poche après que le guichetier en ai arraché la moitié. M’armant d’un stylo providentiel trouvé dans ma veste et que j’avais sûrement eu la flemme de ranger dans mon sac, je notais précipitamment le moindre détail qui viendrait à s’échapper des lèvres entrouvertes de Nagato…
30 secondes
… Laquelle poursuivait sur un ton monocorde :
« … 306 et 0504. »
La petite extraterrestre se tut, et je pensais que c’en était terminé de la série des bons conseils d’adieux. Mais à ma grande surprise, Nagato crut bon d’ajouter :
« En tout dernier recours… »
La petite extraterrestre marqua une courte pause, dirigeant son regard froid jusqu’au plus profond de mes yeux.
23 secondes…
Ce silence solennel s’éternisa un peu plus. Si je ne connaissais pas l’éternel flegme de Nagato, j’aurais dit qu’elle cherchait ses mots…
C’est alors qu’elle acheva :
« … Haruhi Suzumiya devra être abandonnée. »

Il me fallut très exactement le temps d’un battement de cœur avant que je ne parvienne à réagir :

« Quoi ? Qu’est-ce qu… ?
_ Avec le concours d’Itsuki Koizumi, m’interrompit fermement Nagato tandis que son débit de parole semblait s’accélérer, le seul espoir systématiquement envisageable qui permettra de manière infaillible la renaissance de notre dernière chance, ne peut être que l’abandon stratégique et définitif du leader de la formation.
Seul espoir ?
Renaissance ?
« Notre » dernière chance ?
Abandonner Haruhi ?
Hé ho ! Laissez-moi respirer !
15 secondes…
Ma gorge était sèche, ma langue refusait de remuer d’un millimètre et ma bouche restait désespérément entrouverte, incapable de laisser échapper le moindre son un tant soit peu articulé. Je restais là à fixer Nagato, sans parvenir à mettre à profit le peu de temps qu’il me restait.
Pourtant j’avais tant de choses à savoir, tellement de…
Je vis les cils de Nagato se mouvoir soudainement, coupant court à toute réflexion. Elle me fixait toujours… avant de me murmurer :
« Demi-tour.
_ … Pardon ? »

10 secondes…
C’est alors qu’un tout petit détail me revint en tête…
LE PLANCHER !
Détournant résolument le regard aux antipodes de la petite extraterrestre, ma seule et indigne pensée en cet instant fut de me demander si la jeune fille ne venait pas à l’instant de démontrer une forme éloignée de pudeur.

8…
La soudaine montée de fièvre dont je venais d’être victime avait du mal à se dissiper, cela ne m’empêchant pas de sentir mon esprit plus embrouillé que jamais. Et par un odieux coup du sort, chaque fois que je tentais d’y remettre de l’ordre, je retombais immanquablement sur de toutes récentes images dont je savais déjà que même avec toute la bonne volonté du monde, je n’arriverais pas à m’en défaire avant longtemps.

6…
Un instant… ce n’était pas le moment. Non, vraiment pas, il fallait que je me ressaisisse !
Dès maintenant !

5…
Me secouant violemment la tête dans tous les sens, je chassais ces pensées impures l’espace d’un court instant… suffisamment longtemps en tout cas pour me permettre de poser cette dernière question, la première qui me vint à l’esprit :
« C’est quoi cette « dernière chance » ? »

4…
Pas de réponse… mais l’heure approchait !

3…
« Nagato ! »
Je résistais à la tentation de me retourner, son silence interminable ne semblant pas vouloir se finir.

2…
« Aucun écart n’est autorisé… »

1…
« … A moins de deux efforts dûment effectués. »
Que… Un poème ?


0







« … Nagato ? »
Rien…
« Tu… tu es partie ? »
Silence… total… complet… absolu.
« Je… je me retourne, maintenant. D’accord ? »
L’absence de réponses ne fut pas pour me rassurer. Néanmoins, je décidais de passer le cap le plus stoïquement du monde.
… Plus personne. Nagato avait purement et simplement disparue… si on exceptait ses vêtements reposant toujours au sol.
Voilà… solitude.
Une vague envie de sauter du haut du balcon…
Je soupirais à plein poumons. Sans plus savoir comment, je me remis nerveusement sur mes jambes, toujours confus. Sur ce même tempo, je me dirigeais les bras balans et mon sac sur le dos droit vers la porte d’entrée. Sans plus y prendre garde, je fourrais le ticket de cinéma recouvert d’inscriptions au fond d’une poche de ma veste. Puis, pris d’une soudaine nostalgie mêlée de malaise, je jetais un regard désolé vers le petit tas de vêtements derrière moi…
… Avant que l’image d’une Nagato nue ne revienne vicieusement me rappeler ma condition de pauvre humain errant et de plus en plus… seul.

Je refermais délicatement la porte derrière moi, avec un je-ne-sais-quoi d’amer dans la bouche. Je me sentais comme si je venais de passer un moment irréel, déconnecté de la réalité, un peu comme à chaque fois que je venais dans cet appartement, en un sens. La seule différence était que cette fois-ci, je partais en sachant qu’il était possible que de tels moments n’arrivent plus jamais…
Je restais là à regarder la porte… talonné que j’étais par une inexplicable envie de la rouvrir. L’instinct l’emportant sur la raison, je m’accordais ce petit caprice, sans trop savoir ce que j’en attendais…
Le fait est que je n’en obtins pas grand-chose, parce que l’endroit était devenu vide. Je veux dire, encore plus vide qu’avant : je ne saurais sûrement pas l’expliquer avec des mots, mais le fait est que l’immense pièce vide, grise et sombre que j’avais désormais sous les yeux n’avait plus rien à voir avec l’espace lumineux – à défaut d’être conviviale – que je venais tout juste de quitter. Trois centimètres de poussière recouvraient le sol, de nombreuses toiles d’araignées avaient pris possession du plafond. Plus de plancher rayonnant, plus de baie vitrée... comme si personne n’avait occupé cet appartement depuis trois ans. Personne d’humain en tout cas.
J’imagine que c’était un effet secondaire de la « prise en charge »…
Après un temps indéfini passé à fixer ce décor désolant d’un regard vide, je me décidais à refermer la porte pour de bon. Puis, je réussi à mettre un pied devant l’autre, plusieurs fois de suite, me dirigeant d’un rythme maussade vers l’ascenseur.
Voilà… c’était tout.




La porte principale de l’immeuble se referma derrière moi sans que je n’y accorde la moindre importance. Alors que j’étais parvenu à sortir du bâtiment sans comprendre comment, je croyais en avoir terminé pour cette soirée, déjà trop riche en évènements à mon goût. Mon seul souhait à cet instant était d’aller directement me coucher sans passer par la case départ.
J’avais juste oublié un petit détail…
« Enfin je te retrouve ! »
Son air sinistrement joyeux bien à l’abri sous sa capuche, le type du parc se tenait devant moi, arborant une satisfaction sans limites.
Dans un sourire qui ne cessait de s’élargir, il déclara d’un ton conquérant :
« A partir de maintenant, l’ami, je ne te lâche plus d’une semelle ! »

… Hé oui.
Dans la vie, tout ne se passait pas exactement comme on le voulait.






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Well, ayant un concours de fanfic sur le feu, je vais faire une petite pause dans l'écriture (non, non, juste une petite pause, je vous jure).
A la prochaine!

2 commentaires:

QCTX a dit…

Nagatooooooooo !!!!!

Grimm, tu vas me payer ce crime.

Grimm a dit…

Ah oui, tiens. Ça me fait penser qu'il faut que j'écrive la suite...