jeudi 14 janvier 2010

Katawa Shoujo : Quand 4chan décide de faire de belles choses...

Bien qu'elle ne soit pas bien vieille, je considère que ma culture en matière de Visual Novel a le mérite d'être de qualité : entre le transcendant et nouvellement licencié Sanglot des Cigales, l'émouvant Narcissu, le début d'Utawarerumono et les premières minutes de Clannad, on ne peut pas dire que je tape dans le bas de gamme (Bien que pour être parfaitement crédible, il faudrait que je parvienne à finir chacun des jeux suscités...). Ainsi, poursuivant sur ma lancée, j'en suis venu à m'intéresser à un VN peut-être sensiblement moins connu mais ayant de toute évidence bénéficié d'un soin particulier : Katawa Shoujo.


Par 4 Leaf Studios



Dans ma quête de l'éternellement tordu et du dérangeant novateur, je suis parfois tombé sur des spécimens de publicité mensongère assez honteux. Encore plus rarement, il est arrivé que ces spécimens se révèlent en réalité encore plus intéressants que s'ils s'étaient cantonnés à ce que j'en attendais au départ. Katawa Shoujo est de ceux-là.
La toute première fois que j'entends parler de KS remonte à il y a facilement 3 ou 4 mois, lorsqu'après avoir achevé Narcissu (magnifiquement traduit par les lurons un brin susceptibles de Kawa Soft) je me rends sur le site de la team où j'apprends le nom de leur nouveau projet, un VN traitant apparemment d'une histoire plus basique à base de Harem, c'est en tout cas tout ce que j'en retiendrais sur le moment. Laissant la nouvelle de côté dans un coin de mon crâne, ce n'est qu'au courant de Décembre que pour une certaine raison je me retrouve par inadvertance sur le site de 4 Leaf Studios où je récupère le premier acte du jeu, disponible en téléchargement gratuit et en anglais... Well, non en fait ça s'est pas tellement passé comme ça. J'étais sur danbooru, tag "amputee", je trouve les illu de KS, je remonte la source et je tombe sur le jeu. Imaginez, un jeu avec des filles handicapées, ça m'a mit en joie et zou... voilà, voiBRAIF! Comme quoi le hasard fait bien les choses, non? Et le moins que l'on puisse dire est que si le jeu et sa couverture peuvent paraître bien insolites aux personnes n'ayant aucune imagination dans leur sexuil faut soi-même tenter l'expérience pour se rendre compte de l'ampleur de sa méprise.
Mais reprenons :

Hisao Nakai, lycéen normale de son état, reçoit la déclaration d'amour de la fille qu'il aime. Inutile de dire que c'est le genre de chose qui lui fait chaud au cœur... tellement chaud d'ailleurs que cette brusque émotion forte manque de le tuer, son cœur souffrant d'une grave maladie congénitale. Après plusieurs mois d'hôpital qui lui feront perdre de vue la totalité de ses amis (et jusqu'à la fille de ses rêves), Hisao intègrera une école spécialisée pour étudiants handicapés, où il trouvera de nouveaux amis, et peut-être plus encore...

Ça ne vous aura pas échappé, la principale spécificité de KS est son contexte plutôt atypique, ainsi que son harem de jeunes demoiselles handicapées. D'aucuns diront à vue de nez qu'il s'agit tout juste d'un sous-produit pervers et glauque pondu par une bande de borderlines frustrés, si en plus je venais à préciser qu'une grande part du développement du jeu s'est faite avec le concours de 4chan... et pourtant!
Oui, contre toute attente, KS est bien loin du déluge de stratagèmes biaiseux tout juste bon à satisfaire les autochtones baveux de /b/, le thème du handicap est traité avec tact, le héros a des goûts dans les normes et la seule fille avec des plaies visibles s'applique à les dissimuler du mieux qu'elle peut. En vérité je vous le dit, KS se paye le luxe d'être mâture, tout en se permettant de temps en temps un regard un peu moins crispé sur la question de l'infirmité, notamment par le biais de personnages comme Rin, blasée manchot de son état qui préfère voir la vie de son œil pragmatique.

"Tu me files un coup de main?" (Cette réplique est véridique)


Hisao côtoiera ainsi une demie-douzaine de filles rassemblées en trois paires, dont 5 prétendantes qui ont droit à leur fin dédiée. Le lecteur devra effectuer différents choix qui influeront sur le déroulement de l'histoire, et sur la fille qui saura trouver sa place au sein de son petit cœur fragile et malformé.Rien de bien original de ce côté là en fin de compte.
Notre héros aura donc le choix entre Shizune, la déléguée sourde-muette quelque peu caractérielle, Lilly, l'aveugle calme et élégante, Hanako, excessive timide dont une partie du corps est couverte de cicatrices, Ami, la pseudo-loli qui a continué la course-à-pied malgré la perte de ses jambes et Rin, donc, une nébuleuse artiste dans l'âme, amputée de ses deux bras.


De gauche à droite : Lilly, Hanako, Rin, Shizune et Ami


Le reste du casting se partage entre Mutou, le tranquille professeur de science, l'infirmier scolaire au sourire koizumique, Yuuko la bibliothécaire paniquée et un concept sur patte appelé Kenji. Si la lumière n'a pas encore été faite sur le mal qui le ronge, il n'en paraît pas moins remarquablement atteint du bulbe, lunatique à souhait et persuadé que les femmes du monde entier ourdissent de terribles complots dont il serait continuellement la cible. Fort heureusement, ce n'est pas un mauvais bougre (qu'est-ce que ce serait sinon...).

Sans faire l'objet d'une étude poussée et philosophique, la question du handicap est abordée ici comme un simple élément de l'histoire, un élément d'importance mais finalement juste un élément. En effet, la meilleure manière de résumer Katawa Shoujo est moins "l'histoire d'un pervers qui veut se taper des handicapées" que "l'histoire d'un garçon qui tente de s'adapter à un environnement nouveau".
Les habitants de l'école forment une véritable petite communauté, ou chacun s'organise comme il peut pour tenter de trouver sa place dans le vaste monde qui n'a pas besoin d'eux. Des gens comme Shizune prennent le problème à bras-le-corps, là où Rin préfère laisser couler sans se préoccuper de l'avenir, tandis que Hanako se replie sur elle-même en espérant ne jamais avoir à interagir avec les autres. Hisao, lui, semble se contenter d'attendre, de subir les conséquences de sa maladie ainsi que les vagues promesses des adultes prophétisant les "progrès continuels de la médecine".
Par ailleurs, Hisao en viendra souvent à s'interroger sur la manière de réagir fasse aux handicaps de ses camarades. Faire semblant de ne rien voir, en parler librement ou s'évertuer à le cacher. Au final, tout est toujours affaire d'adaptation, en fonction des gens et des contextes.



Finalement, c'est assez difficile pour moi de vous vanter les mérites de Katawa Shoujo, m'étant intéressé au jeu pour les "mauvaises" raisons. Ainsi, il apparaît tout à fait indéniable que les quelques amateurs de physical defect y trouveront un intérêt supplémentaire par rapport au reste du public. Pour autant je suis tout à fait persuadé que l'on peut éprouver du plaisir à lire cette histoire quand bien même on apprécierait les demoiselles en bonne santé. Chaque personnage peut se révéler attachant, et si l'ombre du handicap est bien omniprésente , elle n'est en rien vulgaire ou dépravée. Comme quoi on peut être jeune, insouciant, avoir un cœur en solde et une petite amie estropiée sans que ça ne paraisse choquant un seule seconde.

Pour les amateurs de visual novel de qualité, je dis : "N'hésitez pas!"
Pour ceux qui pensent que les pièces détachées c'est pas pour eux, je dis: "Tentez le coup, vous seriez surpris..."
Pour tous ceux que l'anglais rebute, je dis : "Patientez, Kawa Soft est sur le coup."
Et pour les quelques pervers confirmés du fond, je dis : "La version finale contiendra une scène chaude pour chacune des héroïnes."

Comme quoi, chacun peut y trouver son compte...



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